‹ La Bulgarie d'hier et de demainChapitre 12 sur 198 · LA PÉRIODE GRECQUE · texte numérisé non relu

LA PÉRIODE GRECQUE

La pénétration réelle en Bulgarie a dû commencer surtout, sous la forme d'expéditions, de razzias, de marches militaires, au moment où s'est développé l'empire macédonien de Philippe et à'Alexa^ndre,

Ces deux conquérants qui, bien que Macédoniens, tenaient tant, on le sait, à passer pour Hellènes, (en quoi je m'étonne qu'ils ne se soient pas aliéné les sympathies bulgares), se sont trouvés là, comme réprésentants du monde grec, aux prises avec la même nécessité qui poussa plus tard en avant les empereurs romains. Philippe, ayant un armement supérieur à ses voisins, a commencé à jouer des coudes en tous sens et à se battre vers les quatre points cardinaux pour se faire une place au milieu de peuples sans cohésion. A la façon des Clovis et des Charlemagne, il a ainsi peu à peu agrandi son domaine pour le défendre, étendu ses « marches » militaires, et, finalement, lui et son fils Alexandre ont formé un empire brillant mais trop vaste pour n'être pas aussitôt dissous après eux.

L'attraction naturelle poussait le Macédonien barbare vers la Grèce proprement dite, vers Athènes et vers toutes ses colonies essaimées le long des côtes ; c'est ainsi que Philippe employa la majeure partie de ses efforts à descendre jusqu'à l'Archipel, jusqu'au sud ; mais il lui fallait aussi dompter ces peuples plus sauvages qui, du haut de leurs montagnes, au nord et à l'ouest, restaient pour lui une menace. Dès 340, on le voit, dans une pointe hardie, aller envahir ce qui était alors le pays des Scythes entre les Balkans et le Danube, c'est-à-dire la Dobroudja, et il faut que son retour se soit fait par quelque passage occidental des Balkans, la Schipka ou l'Isker, pour qu'en regagnant Pella, sa capitale, au-dessus de Salonique, il ait été battu et pillé par les Triballes, dont le domaine paraît avoir été entre le Danube et Stara Planina, vers la frontière actuelle de la Serbie.

A peine Alexandre est-il roi, et, dans une campagne rapide, a-t-il reconquis la Grèce jusqu'à Corinthe, qu'il se porte lui-même au nord, à travers la Thrace, arrive en dix jours auxBalkans, triomphe des Triballes, passe le Danube, entre en Roumanie dans le pays des G êtes, puis, vainqueur, se reporte de là dans l'ouest vers rillyrie (335), entraînant parmi ses soldats, suivant un exemple que devait suivre un jour Napoléon, beaucoup de ses vaincus, Thraces, Gètes, Odryses ou Triballes. Avec eux, il part pour sa grande expédition d'Asie et y meurt.

Par la conquête romaine, la civilisation s'étend au nord, et, dès le début du premier siècle de notre ère, quand écrit Strabon, la Bulgarie est déjà couverte de grandes villes grecques, non seulement sur les côtes, où les environs de Bourgas, Varna et Baltschik ont eu de très anciennes cités, Mesembria, Apollonia, etc., mais, dans l'intérieur, à Philippopoli ou Sophia (Serdica). La soumission à Octave de ce que l'on appelle alors la Mœsie, c'est-à-dire de la Bulgarie du Nord et de la Serbie, est de l'an 29 av. J.-C. ; sa réduction en province romaine, de l'an 15 ap. J.-G., l'année même de la mort d'Ovide.

A cette époque, le peuple thrace primitif, déjà écrasé par les Macédoniens et les Romains, avait en outre subi les mélanges des peuples- plus septentrionaux et plus barbares, les Scythes, les Sarmates, les Bastarniques ou Germains originaires de la région du Tatra et des Celtes divers. Ainsi que je le remarquais tout à l'heure, la série de toutes ces invasions successives, qui, pendant tant de siècles, ont fait de la vallée du Danube, de la Dacie, de la Mœsie et de la Thrace, la route constante des barbares germains, slaves, mogols, en marche vers Constantinople ou vers l'occident, avait dès lors commencé; ou plutôt, car son début doit être singulièrement plus ancien, elle se

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