‹ La Bulgarie d'hier et de demainChapitre 124 sur 198 · LA BOURGEOISIE BULGARE · texte numérisé non relu

LA BOURGEOISIE BULGARE

de fonctionnaires assez nombreux y a puisé la plus grande partie de ses éléments et Ta consolidée à son tour. C'est cette bourgeoisie que l'on rencontre surtout dans les villes, c'est à elle qu'un étranger a principalement affaire. Le plus grand nombre des hommes ont étudié dans quelque université étrangère, la majorité en Russie ou en Autriche, quelques-uns en France, et la plupart savent donc une langue étrangère; les femmes, de même, ont été parfois en pension à Vienne ou en Allemagne.

Quand on descend d'un cran et que l'on visite de petits bourgeois notables de chefs-lieux de canton, on est surtout frappé, si l'on a l'habitude de l'Orient, où, même chez les chrétiens, le rôle de la femme est toujours un peu effacé, par l'attitude, au contraire très occidentale, des femmes. Tandis que, dans les intérieurs grecs, la femme apparaît à peine pour apporter le plateau sur lequel elle vous offre du raki ou des confitures, puis vous sert à table sans s'y asseoir, la femme bulgare prend part à la conversation et s'assied avec son mari. Est-ce l'effet indirect des tendances dominantes dans les universités russes, où le féminisme, on le sait, est très à la mode?

Les rapports du bourgeois et du paysan m'ont toujours paru empreints de cordialité, en même temps que maintenus sur un ton d'égalité très démocratique. J'ai été frappé notamment de voir avec quelle bonne grâce tel paysan, que nous hélions de loin en passant à cheval le long de son champ, remplissait d'abricots ou de prunes les manches de sa veste pour venir nous les offrir et faisait cela, non en serviteur soumis, mais en camarade.

Cette démocratie réelle des mœurs, qui est si propre à simplifier les rapports des hommes entre eux et qui devrait être si naturelle, étonne toujours un peu quand on arrive de France, où l'égalité, comme la libet^^><^\!L\.

été inscrites avec soin au fronton de tous les monuments pour pouvoir être ensuite oubliées dans la pratique. En Grèce, j'avais eu déjà la même impression. La Grèce est une monarchie et la Bulgarie en sera une demain : c'est-à-dire que les deux pays ont trouvé commode de mettre à leur tète, pour les relations diplomatiques, un fonctionnaire étranger, qui porte le titre de prince ou de roi. La France, au contraire, est depuis plus d'un tiers de siècle, une République; mais la France est un trop vieux pays pour qu'il n'y persiste pas, sous une égalité de mots, des différences de classe et de situation sociale, qui, traduites parfois en nuances presque insaisissables, n'en sont pas moins aisément perceptibles ; notre démocratie a, pour correctif, des aristocraties de tous genres. Et, comme je le remarquais plus haut, il est facile de voir une évolution analogue se produire dans la république nord-américaine, par le fait seul qu'elle a un siècle de date, malgré l'afïlux constant des émigrants qui la masque un peu. Tout pays qui vieillit, qui se constitue un trésor de traditions, de souvenirs et de gloires, personnifié dans certains noms, tout pays où il se crée simplement de grandes fortunes ou de grandes supériorités, dans quelque ordre que ce soit, est nécessairement aristocratique.

Je ne veux pas dire qu'il n'existe rien de semblable en Bulgarie ; mais, pour celui qui traverse le pays et en reçoit seulement l'impression générale, c'est bien peu de chose, et il faut espérer, pour l'avenir de cette jeune nation, que les progrès de l'âge, que les développements de l'industrie ne lui apporteront pas trop de nos occidentales discordes.

Un autre fait qui contribue à cette sorte d'heureuse égalité, c'est l'absence en Bulgarie de très grandes fortunes : surtout de ces fortunes rapidement échafaudées sur la spéculation financière ou sur le

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