LE PAYSAN BULGARE
améliorations et prompt à les accepter. La routine, que l'on peut appeler à l'occasion l'esprit conservateur, existe là comme ailleurs et il reste encore bien des progrès à introduire, auxquels s'attachent les hommes éclairés qui ont 'au gouvernement la charge spéciale des questions agricoles. Mais, en moyenne, le Bulgare donne l'impression d'un homme qui raisonne ce qu'il fait, qui le raisonne lentement, posément, à loisir, en ruminant, en remâchant ses idées et qui, pour n'avoir pas la réputation d'une intelligence primesautière et brillante, n'en paraît pas aimer davantage à ce qu'on lui fasse prendre des vessies pour des lanternes.
Sa faculté d'assimilation est très grande et l'on a remarqué depuis longtemps, même à une époque où le Bulgare semblait avili par l'esclavage, que les jeunes gens de Bulgarie, dans les écoles mixtes de l'étranger, remportaient régulièrement des succès. Mais la qualité maîtresse de ce peuple est encore son acharnement au travail, qui reste légendaire. Pour toutes les grosses besognes un peu dures on trouve le Bulgare prêt. Jamais il ne manque une occasion de réaliser un gain, même au prix d'une dure fatigue. C'est ainsi que de nombreux émigrants bulgares partent sans cesse en Roumanie, en Hongrie et en Serbie pour y accomplir des tâches pénibles, que leurs voisins plus dédaigneux jugent au-dessous d'eux; après quoi ils reviennent avec le pécule amassé, comme nos maçons et nos paveurs de la Creuse, comme les Piémontais, acheter un lopin de terre dans leur pays. Quand on a fait la jonction de la ligne bulgare avec la ligne serbe à Tzaribrod, sur 6000 ouvriers, il y avait 5 500 Bulgares et seulement 500 Serbes. Ce n'est qu'un détail, mais il est typique.
En Roumanie, les Bulgares ont la spécialité du jardinage et de l'industrie maraîchère. Ou c\\.e \^^
Roumains de Ploiesti, Tune des villes les plus prospères de la Valachie, l'une de celles où l'on travaille le plus et le mieux comme étant Bulgares d'origine, bien que devenus Valaques par la langue. De même en Serbie, les vallées du Timok et de la Morava, un grand nombre de cantons vers la frontière ont été autrefois peuplés par des colons bulgares, qu'attirait une liberté plus grande et qui se sont fait apprécier par leur activité et leur industrie. Tandis que le Serbe, comme le Monténégrin ou le Hongrois, a toujours quelque mépris pour les travaux manuels en dehors de l'agriculture, le Bulgare, prêt à tout, se fait sa petite place à force d'endurance et l'augmente peu à peu par ses économies. J'ai déjà dit que quelquesunes des plus grosses fortunes bulgares avaient été faites dans des entreprises en Roumanie.
Le paysan bulgare a encore d'autres vertus solides. Il n'est ni encombrant, ni bavard, ni buveur; il ne se répand pas en paroles; il ne perd pas son temps au cabaret et au café ; et je ne parle pas seulement du goût déplorable pour la boisson, qui annihile certains Slaves du Nord, mais même de ce goût pour les conversations indéfinies devant une table où il y a un verre d'eau, qui caractérise les Hellènes.
Quand on a longtemps voyagé en pays grec, l'arrivée dans un village bulgare surprend par son calme, par sa placidité, par l'indifférence, au moins apparente, ■ avec laquelle on voit arriver l'étranger, fût-il accompagné, comme je l'étais, d'une escorte officielle formant une véritable caravane et précédé de gendarmes. En Grèce, à toute heure du jour, mais surtout le soir quand tombe la chaleur et que les ombres s'allongent, on voit, sous les tonnelles de vigne ou sous les toiles étendues qui couvrent la rue, les hommes assis sur leurs petits tabourets bas, qui bavardent bruyamment et gaiement, mariaiit le grand Turc avec la