‹ La Bulgarie d'hier et de demainChapitre 129 sur 198 · LA RELIGION BULGARE · texte numérisé non relu

LA RELIGION BULGARE

schismatiques par les catholiques), entre les Églises des diverses nationalités, grecque, russe, bulgare et serbe. La lutte d'influence politique qui, depuis au moins cent ans, déchire la péninsule balkanique, se concentre surtout dans la rivalité entre le clergé grec et le clergé bulgare ou russe, comme, un peu plus loin, là où interviennent les catholiques, elle groupe, dans une certaine mesure, les divers orthodoxes dans une action commune contre les Latins. Il n'y a guère, en apparence du moins, dans l'Orient que des querelles religieuses; ou plutôt c'est la forme religieuse que prennent d'abord les querelles, auxquelles la fiction d'un durable Gouvernement ottoman interdit encore la mise en jeu plus ouverte des nationalités.

Quand on examine ces questions du dehors, et surtout avec l'état d'esprit qui domine actuellement en France, on peut être tenté de ne voir, dans toutes ces querelles, que des subtilités théologiques et des démêlés de sacristie; à première vue, on voudrait renvoyer dos à dos ces Byzantins retardataires, qui semblent s'entêter dans les plus vaines discussions de formules, ces bedeaux qui se disputent à coups de balai la possession d'un tapis dans le Saint-Sépulcre. Mais ce serait voir les choses d'une façon bien superficielle. Les orthodoxies russes et grecques, le catholicisme et le protestantisme classent aussitôt en Asie-Mineure un homme avec le» Russes, les Grecs, les Français ou les Allemands. Quand, en Macédoine, on se bataille pour un exarchat, c'est la Russie, la Bulgarie et la Grèce qui se disputent d'avance Constantinople et Salonique; quand la création d'un évêché serbe à Uskub entraînait des fureurs en Bulgarie, c'est qu'il y avait là une prise de possession serbe sur une province encore turque, mais ambitionnée par la Bulgarie; quand les étudiants grecs faisaient une révolution pour ne pas laisser traduire l'évangile en grec moderne'.

c'est que « la grande idée » était en œuvre et, quand, plus anciennement, la question des lieux saints a peu à peu entraîné la guerre de Crimée, c'est que les rivalités de Jérusalem symbolisaient des prétentions dans les Balkans.

En cette histoire religieuse de la péninsule balkanique, qu'il serait si curieux d'écrire depuis l'absorption de la mythologie grecque par celle de Rome, ou la transformation des dieux païens en saints chrétiens, jusqu'aux hérésies de l'empire byzantin et aux négociations d'hier pour les bérats de Macédoine, le rôle de la Bulgarie a toujours été un peu spécial et conforme précisément à cet intérêt national, dont je viens de rappeler l'influence prédominante en ces questions de schisme et d'hérésie. De tout temps, les Bulgares ont été chrétiens contre les musulmans, chrétiens orthodoxes, mais tendant à se particulariser contre les Grecs, ou même, à l'occasion^ contre les Russes.

La conversion des Bulgares au christianisme date du ixe siècle; elle eut lieu, nous l'avons vu, sous Boris, devenu par le baptême Mikhail (843-888). Celle des Russes se produisit seulement un siècle plus tard en 990 et, par l'influence byzantine, qui, à ce moment, se trouva, une première fois, en conflit avec l'influence bulgare. On a remarqué, à ce propos, le changement qu'aurait pu entraîner, pour l'histoire entière de l'Orient, un succès plus grand des religieux bulgares dans les efforts qu'ils avaient faits précédemment pour amener les Russes à leur religion. Il y eut là une heure critique où le tzar russe Wladimir, hésitant entre les diverses sectes chrétiennes, en fit faire une étude préliminaire à sa façon, examinant l'Eglise bulgare, l'église catholique, et finalement conquis par les belles cérémonies de Byzance. Ce jour-là, la Russie entra pour longtemps dans l'orbite de Byzance, devenant le

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