LE MANICHÉISME
trait d'union entre les peuples du nord et l'Orient, en même temps qu'elle s'éloignait des Bulgares. Il fallut de longs siècles et les rivalités de la politique pour séparer, au contraire, la Russie de l'Église grecque et rétablir, entre elle et l'Église bulgare, des rapports dès le début rompus.
Le dissentiment religieux entre Bulgares et Grecs prit, pendant tout le moyen âge, la forme de l'hérésie de Manichès ou de Bogomil. Très anciennement, avant même la conversion des Bulgares au christianisme, dès 790, un foyer de cette hérésie asiatique s'était trouvé constitué dans les environs de Philippopoli par des pauliciens importés de la région du Caucase. Ce foyer prit un développement considérable quand Jean Tzimiscès, vers 975, fit transporter au même point d'autres pauliciens arrachés au même pays d'Arménie. J'ai déjà dit^ combien cette hérésie du manichéisme avait pris rapidement de force en Bulgarie, groupant autour d'elle tous les indépendants, et combien elle avait attiré, pendant deux siècles, de persécutions aux Bulgares. Ce n'est pas le seul cas où la conversion des barbares au christianisme fut ou devint bientôt une conversion à l'hérésie; l'adoption par les Arméniens de la doctrine d'Eutichès et l'histoire entière des Ariens en ont fourni d'autres exemples fameux et l'on doit bien admettre que souvent les nouveaux chrétiens ont éprouvé quelque satisfaction à rester religieusement distincts de leurs trop puissants voisins ou conquérants.
De ces vieux manichéens du moyen âge il subsiste, paraît-il, des descendants aux environs de Philippopoli; mais, ce qui témoigne bien d'une tendance nationale dans leur hérésie, quittant le manichéisme, ils ont pris une autre religion, qui n'était pas non plus celle du