LA QUESTION CA THOLIQUE EN BULGARIE
marche contre les Croisés, il portait un étendard de saint Pierre qu'il avait reçu du pape et c'est au nom de l'Église qu'il prétendait châtier Baudouin, coupable selon lui d'avoir abandonné Jérusalem pour Constantinople et déguisé, sous le signe glorieux de la Croix, une entreprise de pillage. Au moment de le combattre, il écrivait encore à Innocent III, pour sç justifier, que Baudouin avait prétendu, malgré sa consécration royale, le traiter en vassal.
Ce catholicisme bulgare au xiii^ siècle fut, d'ailleurs, très éphémère et, pendant les longs siècles de domination turque, presque jusqu'au milieu du xixe siècle, il ne fut plus question en Bulgarie, comme dans toute la péninsule balkanique, que de grecs orthodoxes ; grec signifiant chrétien par opposition à musulman. Les choses n'ont changé que le jour où la nationalité bulgare s'est réveillée et s'est trouvée en conflit avec les prétentions helléniques. La compétition a pris alors d'autant plus facilement une tournure religieuse que le haut clergé grec s'était fait à la fois détester de tout le bas clergé bulgare par son injustice, et mépriser du peuple par ses mœurs et sa corruption. Les Bulgares sentirent alors le besoin d'une Église nationale et, dès 1857, demandèrent au patriarche grec de se constituer en Église indépendante. Le patriarche ayant refusé avec indignation, et les Turcs, enchantés de ce dissentiment entre chrétiens, ayant laissé le conflit se prolonger par leur méthode ordinaire, on vit, vers 1859, un grand mouvement se produire dans le sens du catholicisme : mouvement que la France encourageait de loin pour créer, dans la Bulgarie catholique, un tampon entre la Russie et Constantinople. La conversion des Slaves de Turquie au catholicisme fut entreprise surtout par l'intermédiaire de prêtres polonais et, en 1861, on crut un moment aboutir à une entente. L'archimandrite Jocolski qui ètaW ^^t\,\ tl^.^^-
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cier à Home, en revint avec le titre d'archeyèque et vicaire apostolique pour les Bulgares : la communauté < bulgare-unie » fut même reconnue par la Porte. Mais, dès son retour à Constantinople, Mgr Jocolski se rétracta, la conversion en masse au catholiciBme fut abandonnée et Ton en revint à Tidée d'une Église bulgare indépendante, qui devait, sous une forme ou sous une autre, occuper les esprits pendant vingt ans^
Il est inutile de raconter en détail toute cette longue querelle, aujourd'hui terminée et assez fastidieuse^ Il suiïît de rappeler comment la question se posa successivement. Au début, le patriarcat, ému par les menaces de conversion au catholicisme, témoignait quelque condescendance, mais en voulant garder la suprématie. Deux évéques slaves, Auxentios et Hilarion, menaient le mouvement contre lui avec intransigeance ; ils voulurent tout ou rien ; un concile les excommunia et la Porte, jouant le rôle de Ponce-Pilate, exécuta le jugement en les exilant à l'île des Princes. Mais alors la Russie intervint et la querelle prit sa vraie forme, essentiellement politique. Sous cette forme, elle s'éternisa, comme toute chose en Turquie, jusqu'au 10 mars 1870, où le Sultan, devant une menace de révolte bulgare et sous la pression de la Russie, accorda la création d'un exarque bulgare avec une demi-indépendance vis-à-vis du Patriarche.
A peine la victoire obtenue de ce côté, la bataille recommença du côté de la Macédoine, que les Bulgares, à ce moment, commençaient à vouloir réclamer. Dès 1872, les évéchés d'Ochrida, Uskub et Vélès votaient, aux deux tiers de leurs habitants et malgré les protestations grecques, leur réunion à l'exarchat bulgare. D(î ce côté, il y eut, sous le gouvernement de Midhat
1. Voir plus haut page 78. — Cf. V. Bérard. La Turquie et VheUénisme contemporain, p. 180 et suiv.
Pacha (1872-1876), une période de persécution antibulgare, bientôt suivie d'une recrudescence de bulgarisme et qui, finalement, aboutit ici encore, en 1890, à un triomphe pour TÉglise de Sophia. La question est maintenant résolue de ce côté ; mais on a vu alors à leur tour, par un retour imprévu des choses, les Serbes réclamer un exarque propre, indépendant du Bulgare, comme celui-ci Test du Grec. Ainsi la Croatie s'insurge contre la Hongrie, comme celle-ci s'est séparée de TAutriche. Et, dans les deux cas, l'indignation des révoltés d'hier, contre lesquels on se révolte aujourd'hui, a éclaté avec la même ardeur très humaine.
Enfin le dernier épisode de cette histoire religieuse, où le catholicisme a décidément succombé en Bulgarie, a été le baptême orthodoxe du petit prince héritier Boris après une lutte très vive, qui se compliqua, diton, de luttes de famille. L'archevêque de Sophia, Mgr Menini, qui est pourtant un fin politique dalmate, mi-autrichien, mi-italien, en même temps que protégé par la France, a subi là une défaite, dont sa fortune politique ne s'est plus relevée ; et le prince Ferdinand a montré, de son côté, qu'il ne comptait pas pour rien, parmi ses ancêtres maternels, Henri IV ^.
Aujourd'hui le groupement des Bulgares autour de leur religion nationale, se traduit, entre autres signes caractéristiques, par la construction de cette immense cathédrale, qui sera le principal monument de Sophia et pour laquelle on a souscrit, (ce qui en Bulgarie est
1. Les chefs religieux des Bulgares sont l'exarque de Constant!nople, Mgr Joseph et les métropolites orthodoxes bulgares de. Routschouk, Philippopoli, Sophia, Tirnovo, Varna, Vratza, Samakov^ Vidin, Shvno,Stara-Zagora, Lovetch. Le gouvernement bulgare a tenu à ce que le siège de l'exarchat ne fut pas transporté à Sophia; mais c'est là qu'il a fallu réunir le Saint Synode. Le statut exarcbal qui règle les questions du culte est du 13 janv. 1895. Le budget du culte orthodoxe monte, pour 1906, à 1 696 700 francs.