LA LEGENDE DE SATAN
faire quand il lui suffirait de dire : voilà bien assez de terre! » L'abeille revint, Dieu prononça les paroles et la terre s'arrêta de grandir... Puis Dieu créa les hommes et convint avec Satan qu*il garderait les vivants, en lui laissalit les morts. Mais il s'aperçut bientôt qu'il y avait beaucoup plus de morts que de vivants et voulut rompre le marché. Ne pouvant manquer à sa parole, il se créa alors un fils Jésus-Christ et celuici dit à Satan : < Mon père t'a promis les morts, mais la promesse ne m'engage pas. j» C'est ainsi que Dieu a reconquis aussi les morts. »
En fait de rapprochement ethnographique , Hongrois e t Bulgares ont également dans leurs souvenirs une semblable tradition bizarre et peu galante de Dieu
créant la femme avec la queue du diable qu'un ange a arrachée. L'origine des tziganes donne lieu, chez les deux peuples, à des contes singuliers et pourtant analogues. Ce sont ici des hommes qui ont voulu prendre un évéque en faute en cachant une femme dans sa chambre et qu'il maudit; là des calomniateurs qui ont accusé saint Grégoire de mauvaises mœurs.
Comme dans les vieux mythes persans, les tremblements de terre sont expliqués, en Bulgarie, par la position de la terre sur les cornes d'un ^^ut^^x^l o^
PAYSAN TURC KT SON CHEVAL (pagti 164).
émerge de l'Océan; le mariage du soleil avec Forage entraine la combustion de la terre, etc. Enfin l'on retrouve aisément des mythes primitifs communs à diverses races dans la légende suivante, où le remords de Loth se combine avec des traditions chrétiennes : < Loth, après son crime, se réfugia de désespoir dans un couvent et implora l'absolution. — Dieu, lui dit le supérieur, te pardonnera peut-être, si tu plantes trois rameaux secs à un carrefour et les arroses tous les jours pendant trois ans. S'ils fleurissent alors, c'est que tu seras pardonné ^ — Loth planta les branches et alla chercher de l'eau; mais, tandis qu'il l'apportait, il rencontra le diable, qui lui demanda à boire. Le diable vida le seau et, comme cela se renouvelait, Loth s'en plaignit au supérieur, qui lui dit : < Attends qu'il s'écrie : que Dieu te pardonne! » Trois ans de suite, le diable le tourmenta ainsi; à la fin. Dieu eut pitié; et le diable dit : « Que Dieu te pardonne! » Loth, espérant le pardon, alla avec le seau, où il restait trois gouttes, et les versa sur les bâtons. Ceux-ci bourgeonnèrent aussitôt et bientôt grandirent démesurément... Vint alors le temps où Salomon, bâtissant l'église de Sainte-Sophie, eut besoin de trois grosses colonnes. Il fît mesurer et couper les troncs ; mais on s'aperçut qu'ils étaient plus larges en bas qu'en haut et ne convenaient pas. Salomon les maudit et commanda d'en faire un pont, qu'on appela le pont des arbres maudits. Or, au temps du Christ, une reine passant là et demandant le nom du pont, comprit mal et les appela : les arbres bénis. Quand les Juifs voulurent crucifier le Christ avec les larrons, ils allèrent chercher ces arbres, dont ils firent les trois croix; puis on jeta ces croix dans un trou, qu'on combla pour en effacer
1. Comparer, dans le Tannhuu<er, la malédiction jusqu'au jour où le bâton refleurira.