‹ La Bulgarie d'hier et de demainChapitre 137 sur 198 · LEGENDES BULGARES · texte numérisé non relu

LEGENDES BULGARES

la trace. Ce sont ces croix que l'empereur Constantin a retrouvées; on ne savait plus alors laquelle était celle du Christ, mais on cloua un mort dessus et il ressuscita. »

Le rôle attribué aux démons est analogue à celui que Ton retrouve chez tous les peuples européens et asiatiques, mais avec certains caractères plus spécialement serbes, surtout du côté de la Macédoine : ainsi en ce qui concerne les Samovilas (ou nymphes solitaires), sortes d'ondines, principes des forces naturelles défendant les choses contre les envahissements de l'homme jusqu'au jour où celui-ci triomphe par de puissantes conjurations magiques ; on y voit intervenir aussi des dragons, cachés dans les eaux des lacs verts macédoniens et auxquels les femmes ne craignent pas de s'unir, des vampires, des lamies, etc. Les nègres musulmans y jouent volontiers le rôle que nous attribuons aux ogres. Le principe fataliste domine, — comme, on peut le dire, dans toutes les légendes populaires, sans en excepter les beaux contes qui^nt fourni aux poètes grecs la matière de leurs drames et 4e leurs poèmes — .

La légende suivante sur la destinée est assez jolie : « De deux frères l'un était pauvre, à l'autre tout réussissait; un soir qu'ils revenaient ensemble des champs, le riche à cheval, le pauvre à pied traînant la jambe, le riche dit à l'autre : « J'ai oublié un licol, va donc le chercher. » Et, quand le pauvre arriva au champ, il trouva un homme qui liait des épis : « Que fais-tu là, dit-il, tu es un voleur! » — « Non, dit l'homme, je suis le Bonheur de ton frère et je travaille pour lui. j» — « Ah, mon frère a un Bonheur; pourquoi n'en ai-je pas un aussi? » — « Le tien est mort ». — « Mais ne puis-je en retrouver un? » — « Va dans le bois, tu en trouveras un ; mets-le vite dans un sac et tape dessus jusqu'à ce qu'il t'ait donné trois noix. » Ainsv IvxX. V^Vs.\

le Bonheur ne voulait pas donner les noix; à force de le violenter, il céda ; le pauvre prit alors les noix et rencontra trois enfants qui se battaient pour un vase trouvé dans la terre ; il leur donna les noix en échange du vase et ce vase renfermait un trésor; à partir de ce jour-là, il fut heureux. »

Ailleurs on voit figurer, à la naissance de Tenfant, les fées jeteuses de sorts ou Narouschnitzen, qui procèdent des Parques ou mires antiques, tout en étant apparentées avec les fées de nos contes.

D'autres récits d'un caractère différent, que Ton chante volontiers en dansant la danse du choro, mettent en scène des personnages historiques ou légendaires. Tel le cycle de ce singulier héros serbe, Marko Kraliévitch, personnage très ï'éel et mort en 1392, mais transfiguré par la légende comme un Charlemagne ou un Roland.

J'ai déjà donné une idée du personnage, célèbre surtout comme un buveur extraordinaire^. L'histoire de ses noces est intéressante parce qu'ellei établit le rapprochement entre ce Serbe et les Bulgares. On voit Marko partir de Prilep pour aller épouser la fille de Schischman, roi des Bulgares. Il arrive dans le blanc palais du roi et donne, pour la fiancée, trois charges d'or. Puis il retourne auprès de sa mère choisir deux parrains qui iront quérir la jeune fille : la jeune fille, que lui ne doit pas aborder avant d'avoir accompli à Prilep les rites chrétiens. Pour parrains, il prend le doge de Venise et Etienne Zemlitch. Mais, tandis que les parrains reviennent et ramènent la fiancée, le doge perfide offre à Etienne une, puis deux, puis trois bottes d'or pour caresser la jeune fille, tant qu'il finit par le corrompre et est introduit de nuit dans la tente de la Bulgare. « Je n'aimerai jamais,

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