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MARKO KRALIÉVITCH, 349
lui riposte celle-ci adroitement, un homme barbu comme toi, mais un homme à menton nu comme Marko. » Sans méfiance, le doge se fait raser; la femme alors prend la barbe du traître et va droit à Marko la lui porter. Le lendemain Marko tue les deux parrains.
Un autre beau conte et bien typique est celui où Marko reconnaît le sabre de son père. Un Turc avait tué un blessé pour avoir son sabre orné de pierreries, qui valait trois villes impériales ; quand il arriva ainsi paré à la cour du sultan, Marko reconnut le sabre de son père et tua le Turc. On alla le dire au sultan, qui envoya des messagers quérir Marko pour le réprimander. Longtemps celui-ci refusa d'obéir; assis dans un coin, il buvait du vin noir sans mot dire, le sourcil froncé. A la fin il se fâcha, « mit sa peau de loup à l'envers » et, saisissant sa lourde masse, pénétra sous la tente du Sultan. La colère de Marko était terrible : « il avait gardé ses bottes » et s'assit sur un tapis, regardant de travers le Sultan, pendant que des larmes de sang coulaient de ses yeux.
Le Sultan, voyant que Marko tenait sa lourde masse, commença à reculer sous ce regard. Marko avançait sur lui et le Sultan se trouva acculé au mur. Pris de peur, il tira alors cent ducats qu'il lui donna : « Va, dit-il, mon fils, boire du vin à ta guise ; pourquoi un si violent courroux?» — « Ne me le demande pas, Sultan, j'ai reconnu le sabre de mon père et Dieu l'eût mis lui-même entre tes mains que, contre toi, mon courroux eût été pareil. »
Ce Marko est, au fond, un brigand de grand chemin. Sa mère, « qui est lasse de laver les vêtements ensanglantés », l'exhorte un jour à aller labourer. Il part, en effet, avec sa charrue et commence à labourer la route. Passent des janissaires avec des charges d'or. Marko les tue et rapporte l'or à sa mère : « Voilà, ditil, le produit de mon labour ». Inversement, dans uue
autre légende bulgare, c'est la mère de Stoîan qui l'exhorte à faire du butin sur les marchands de Kotel : « N'es-tu pas' lasse, répond-il, de cacher les corps des marchands? » 11 coupe la langue de sa mère pour la punir de ses paroles et va se faire moine.
Ailleurs apparaît le personnage classique de tous les pays chrétiens soumis aux musulmans, le renégat devenu janissaire et qui se trouve en présence de son ancienne famille.
Un autre conte enfin, digne d'inspirer une « Orientale », fait penser à nos grands fermiers de la Dobroudja et à ces poétiques retours des innombrables troupeaux rentrant le soir à la ferme : c'est l'histoire du vieux Joan, auquel on demande le compte de sa fortune et qui énumère d'abord deux cents hommes munis d'autant de faux pour la moisson, cent chevaux pour labourer, des bœufs dont il ne sait pas le nombre, cinq mille brebis pour le beurre et le lait sans parler des stériles, cinq cents sacs de ducats d'or (l'argent, il n'a pas daigné le compter) et qui, par un soudain coup de fanfare, ajoute, pour défendre le tout contre le pacha qui voudrait le prendre, cent épées pendues au crochet, trois cents fusils dans les coins.
Moeurs et coutumes. Danses. Fêtes, médecine populaire. cérémonies funéraires.
Parmi les traits les plus faciles à constater des mœurs bulgares, il faut citer les danses populaires, bien que celles-ci ne m'aient pas paru tenir à beaucoup près une place égale à celle qu'elles ont en Grèce. La plus répandue de toutes, à laquelle on peut assister les jours de fête, est le Choro ou labyrinthe : une farandole, importée (comme son nom) de Grèce où je l'ai vu souvent danser, une ronde dans laquelle tour-J