FETES BULGARES
nent vingt ou trente jeunes filles se tenant la main, tandis que la conductrice chante quelque chanson.
On peut également citer le jeu de Tours, où un
homme vêtu d*une peau de bête est poursuivi par les
•jeunes filles aux sons d'une musique barbare. On
prend l'ours, on l'attache, on le charge de foin, il fait
des gestes bouffons, des pas grotesques.
Les fêtes perpétuent souvent, comme dans tous les pays, des coutumes extrêmement anciennes et dont le sens s'est perdu. Trois ou quatre exemples suffiront.
Le jour de la saint Georges, les bergers abattent un agneau en sacrifice et, dès le matin, vont se laver le visage avec de la rosée ; puis ils cueillent des plantes qui, ce jour-là seulement, sont salutaires.
Le jour de saint Trifun, la ménagère frappe sur un bloc de bois avec une hache en criant : « M'entendstu, Trifun ?» à quoi l'on doit répondre de la ferme ; « Je n'entends rien avant beurre et fromage ». Et chaque coup passe pour sauver une bête del'étable.
Le jour des Trois Rois il faut, au premier chant du coq, aller puiser un vase d'eau à la fontaine.
Pour Noël, c'est plus compliqué. La veille, on fait des gâteaux, où l'on introduit des pièces de monnaie soigneusement conservées dans la famille comme portebonheur; on prépare des mets, qu'on pose sur la table avec un petit tonneau de vin rouge portant un cierge allumé ; on brûle un peu d'encens et l'on amène dans la maison du sable et de la paille : le sable ayant été recueilli le soir sans bruit dans le ruisseau pour ne pas éveiller l'attention des samovilas gardiennes des eaux; la paille, qui représente la couche de la Vierge, destinée à être brûlée sur une colline le soir de saint Georges pour préserver de la grêle.
Dans la médecine populaire, un grand rôle est attribué aux guérisseuses, dites Bajatskas ou Vratskas, qui, à la façon des sibylles antiques, ont surtout du crédit quand
elles agissent dans le délire. Celles-ci connaissent, pour tous les cas, des formules rituelles et compliquées. Par exemple, la guérisseuse frappera trois fois un enfant sur le front en disant : « Au nom de la mère de Dieu, que le mauvais s'en aille où les coqs ne chan- • tent pas, où les chiens n'aboient pas, où l'arbre ne pousse pas, où Teau ne coule pas, où le soleil ne luit pas, où la lune n'éclaire pas, dans les bois déserts, les lieux déserts, les rocs déserts » ; puis elle lui lave le front avec de l'eau.
Contre le mal d'yeux il faut, au soleil couchant, laver les yeux dans le fleuve en disant : « Soleil derrière le bois; mal d'yeux hors de l'eau; deux buffles se battent; le noir triomphe du rouge. »
Parfois cela prend des formes de sorcellerie. La Bajatska brandit trois fois sur la tête d'un enfant un couteau noir, puis enlève sa coiffure, l'allume et la tient allumée par trois fois au-dessus de lui. Elle ordonne alors à la mère de se mettre nue et se retire tandis que la mère, ayant rejeté ses vêtements, recouvre l'enfant d'un drap noir et, par trois fois, tourne autour de lui en criant : « Que celle qui t'a enfanté te guérisse!... » La Bajatska, revenant, enfonce dans le sol une longue aiguille à l'endroit où était le cœur de l'enfant étendu; elle fait un trou dans le sol et en tire un charbon, qu'elle met dans un verre d'eau avec du sang de l'enfant, etc, etc. ; et des cérémonies de ce genre se prolongent pendant quarante jours.
Enfin, les cérémonies funèbres offrent certains traits spéciaux, avec d'autres qui sont de tous les pays. Les yeux du mort doivent être fermés violemment, pour qu'il ne puisse fixer personne, ce qui porterait malheur. Puis, tandis que commencent les lamentations comme en Corse et en Sardaigne, on allume les cierges, on apporte des fruits que le défunt doit emporter en cadeau à ceux qui l'ont précédé dans l'autre monde,
avec du beurre et du vin pour les âmes errantes. Le cercueil est conduit à Téglise sur un char traîné par des buffles ; et qui le rencontre doit se mettre une épine dans la bouche, une pierre sur la poitrine. La cérémonie finie, on revient brûler tout ce qui a pu tomber du cercueil pour brûler aussi la maladie. Au repas funéraire, la cruche de vin doit toujours circuler de droite à gauche. Trois jours après, des femmes vont, sur la tombe, allumer des cierges, brûler de Tenoens, répandre des libations d'eau et de vin. Enfin, pendant quarante jours, Tàme reste dans la maison mortuaire. C'est au bout de ce temps seulement qu'on va poser la pierre sur la tombe.
Nourriture bulgare.
Delà nourriture bulgare je me suis déjà trouvé citer quelques plats caractéristiques. C'est le givestch, composé d'un fouillis de légumes, tomates, piments, etc., cuits avec de la viande dans une casserole; c'est le pasterma, formé de tranches de bœuf seulement séchées au soleil et salées, comme le renne dont on se nourrit en Laponie; ce sont encore les grillades au feu de bois faites sur une broche improvisée taillée dans une branche fourchue.
Je ne saurais oublier non plus le fameux lait bulgare ou Yoghourt, devenu, depuis les études de Dybowski et les théories de Metchnikoff, une eau de Jouvence, une panacée universelle, dont, à Paris même, on fait grand usage. Les réclames en faveur de ce principe admirable montrent des vieillards de 117 ans conservés, grâce à lui, dans une excellente santé ; Metchnikoff nous a appris qu'il agissait en tuant les microbes intestinaux, source de la sénilité et, pour certains médecins, toutes les maladies de l'estomac et de l'intestin sont guéries par lui. C'est peut-être aujourd'hui de toute la