‹ La Bulgarie d'hier et de demainChapitre 15 sur 198 · ARRIVEE DES BULGARES · texte numérisé non relu

ARRIVEE DES BULGARES

Là-bas, du côté de la Volga, d'autres Avars avaient un moment soumis les Bulgares. En 630, ceux-ci se révoltent sous les ordres de leur roi Koubrat (Crobatus) et sont vaincus. On voit alors, premier rapport fâcheux de la Bulgarie et de la France, 10 000 d'entre eux s'en aller le long du Danube jusqu'au pays des Francs Austrasiens, où le roi Dagobert inquiet les fit massacrer.

La fin du vii« siècle fut marquée par l'établissement, dans les pays danubiens, à peu près sur leur place actuelle, des trois grandes nationalités qui forment aujourd'hui les CroatQs, les Serbes et les Bulgares.

Ces nouveaux Bulgares étaient arrivés de la Volga où Ton menaçait leur indépendance, sous les ordres d'Asparukh, troisième fils du roi Koubrat. Ils passèrent le Danube, vers 675, à la fin du règne de Constantin Porphyrogénète et s'établirent dans la Bulgarie actuelle, où, suivant l'évolution ordinaire de ces peuples barbares, ils se transformèrent peu à peu à l'image de Byzance, et fondèrent une royauté comparable à nos royautés mérovingiennes, tout en se slavisant par afflux successifs au point d'abandonner complètement leur ancienne langue pour le slave. Nous entrons avec eux dans une histoire plus individuelle que celle des hordes, pareilles à des tourbillons de sable poussés par le vent, dont il a été question jusqu'ici.

Ce n'étaient, d'ailleurs, pas encore de bien faciles adversaires que nos Bulgares du moyen âge, et plus d'une fois, pendant trois siècles, jusqu'à la victoire définitive de l'empereur Basile, «le tueur de Bulgares », les tzars bulgares devaient faire trembler l'empire de Byzance.

Il y a là encore une bien curieuse période historique très inconnue, où il est piquant de voir s'engager la lutte séculaire de la Bulgarie contre les Hellènes, maîtres de Constantinople, avec intervention, tantôt

dans un sens, tantôt dans l'autre, des grands voisins russes, qui, à certains moments, s'allient aux Bulgares et se font leurs protecteurs, à d'autres envoient contre eux des mercenaires à Byzance et commencent, dès ce moment, leur éternelle marche de juifs errants vers cette Constantinople, où il ne leur sera pas permis d'entrer.

Le premier grand roi quasi symbolique de ce moyen âge bulgare, c'est le terrible Krum ou Crumus (mort en 815, c'est-à-dire contemporain de Charlemagne), dont les Byzantins nous ont laissé une si farouche image. Comme trait caractéristique, on prétend que, pour défendre ses Slaves contre leur goût invétéré des boissons spiritueuses, il avait ordonné d'arracher toutes les vignes jusqu'à leurs racines. Après ses victoires, il faisait à ses dieux des sacrifices d'hommes et d'animaux et, par quelque cérémonie païenne, lavait ses pieds dans la mer, dont il versait l'eau sur sa tête, puis aspergeait ses compagnons au milieu d'acclamations bruyantes. L'empereur de Byzance, Nicéphorel" le Logothète (802-811) étant mort dans un combat contre lui, Krum fit scier son crâne qu'on orna d'un cercle d'or et s'en servit comme d'une coupe dans les festins. Le successeur et gendre de Nicéphore, Michel I*' le Curopalate (811-813), ayant refusé de payer à Krum le tribut exigé en habits de soie, en cuir rouge et en belles vierges, on vit Krum, avec ses Bulgares, camper sous les murs de Byzance entre les Blaquernes et la Porte Dorée. Mais les Barbares étaient toujours embarrassés devant les murailles. Krum, si l'en en croit les Byzantins, fit offrir de se retirer, à la condition qu'on satisfît son amour-propre en le laissant enfoncer sa lance dans la Porte Dorée. Léon V l'Arménien (813- 830), devenu empereur par l'abdication de Michel, lui offrit une entrevue sur le rivage de la Corne d'or et, avec une perfidie dont les exemples sont nombreux

Page 1