LA REVOLUTION DE
de paperasses, fut alors très contrariée : du moins cette partie de l'Europe qui confine à la Bulgarie et que cela intéressait directement (car l'Angleterre, au contraire, encourageait le mouvement). Le tzar rappela ses officiers russes de Bulgarie et raya des cadres de Tarmée russe Battenberg, qui, jusque là, lui avait toujours écrit en signant : « Votre lieutenant ». L'Autriche encouragea le mécontentement serbe, qu'elle détournait ainsi de ses revendications en Bosnie. La Turquie seule, avec sa passivité ordinaire, accepta le fait accompli et prévu. « Allah il Allah ! » Le gouverneur de Philippopoli pour les Turcs, GavriP, fit ses malles et la Porte ne tenta aucun effort pour reprendre par la force un pays qui lui échappait : elle savait bien qu'on ne l'aurait pas enduré.
Alors se passa un événement qui, pour nous Occidentaux, regardant ces choses d'un peu loin et dans un demi-vague, semble tout d'abord bizarre. La Bulgarie enlevait une province à la Turquie : il eût semblé logique qu'une guerre éclatât entre Bulgares et Turcs et, en Bulgarie même, on s'y attendait si bien que, lorsque la décision avait été prise de favoriser le mouvement, toute l'armée bulgare, d'environ une cinquantaine de mille hommes, avait été mobilisée à la frontière turque; une guerre éclata, en effet, mais ce fut entre Serbes et Bulgares et sans que les Turcs témoignassent même la moindre velléité d'y prendre part.
Cette guerre bulgaro-serbe, c'est l'aventure comicotragique d'un passé qui, espérons-le pour la Serbie, ne reparaîtra plus. C'est un des épisodes dans l'épopée bouffonne de ce clubman couronné, le roi Milan et de
i. Ce Gavril s'appelait Gabriel Kerstovitch et était Bulgare et chrétien. Son prédécesseur, lui aussi, avait été un Bulgare chrétien, qui répondait tour à tour, comme maître Jacques, aux deux noms d'Aléko-pacha pour les Turcs et de prince Vogoridès pour les Bulgares.
sa triste dynastie qui, après avoir traversé toutes les hontes, s*est terminée en 1903 par un coup de force qu'un membre élégant de notre Académie française pourrait appeler une « opération de police un peu rude », mais, dans Toccasion, utile àTavenir de la Serbie : au drame byzantin et moyenâgeux de Belgrade. La Serbie d'alors, celle du roi Milan, avec son roi intermittent mettant sa couronne en gage chez tous les usuriers de villes d'eaux et marchandant à beaux deniers comptants ses abdications successives, n'était vraiment pas de taille à lutter contre la Bulgarie solide, sérieuse, et, malgré quelques tiraillements, militairement disciplinée, mieux armée en outre avec sa vingtaine de batteries Krupp. Cette aventure dont, par la protection de l'Autriche, elle devait finalement avoir la chance de sortir sans dommage matériel, n'a rien ajouté à sa gloire. Mais aussi pourquoi la Serbie venait-elle se mêler aux affaires de la Bulgarie?
Il faut, pour lo comprendre, se représenter la situation et l'état moral de tous ces pays nouveaux aux frontières encore mal assises, dont les traités découpent et se partagent les peuples au hasard d'un coup de ciseau. La Serbie a été, en somme, la plus sacrifiée dans cette histoire. Elle avait une issue naturelle vers la mer libre, qui fait toujours l'aspiration des peuples continentaux : vers l'Adriatique, du côté de la Bosnie et de l'Herzégovine, voisine du Monténégro. Mais, de ce côté, il s'était trouvé un gros mangeur, l'Autriche, qui, sans coup férir, par l'appui de l'Allemagne, avait retiré de la guerre turco-russe ce morceau à croquer et l'avait avalé comme une muscade. La Serbie, presque forcément dépendante de l'Autriche par sa situation géographique, en voulait, depuis ce temps, à sa patronne et comptait du moins que celle-ci l'aiderait en échange à se tailler une tranche de la Bulgarie. La révolution de Philippopoli fut, pour tous les peuples