‹ La Bulgarie d'hier et de demainChapitre 152 sur 198 · LA CHUTE DU PRINCE DE BATTENBERG · texte numérisé non relu

LA CHUTE DU PRINCE DE BATTENBERG

proportions dangereuses. Dans une démocratie où il subsiste des éléments de réaction disposés à un coup d*état, tout général mis en vedette par une victoire, par un beau geste, ou simplement par la robe de son cheval, subit vite, nous le savons, la suggestion de se poser en Bonaparte et de recommencer le 18 brumaire. Ici, la Russie, décidément brouillée avec Battenberg, favorisait en sous-main, et Ton voyait même, ce qui complique les choses, associé avec les conspirateurs, le ministère Karavélof, probablement entraîné, par la force de l'habitude, à conspirer contre luimême.

C'est dans ces conditions que, le 20 août 1886, les officiers rassemblés auprès des mines de lignite de Pernik, à 30 kilomètres sud-ouest de Sophia, se révoltèrent, marchèrent vers la capitale sous une pluie d'orage et, sans coup férir, s'emparèrent du prince aux cris de : « Vive la Russie » pour lui faire signer son abdication et le réexpédier le lendemain dans son pays.

On ne saurait nier que, dans ces conditions, Stamboulof ait représenté, à ce moment, le parti de l'ordre, quels que fussent d'ailleurs ses motifs d'agir. Ayant rassemblé des amis dans sa ville natale de Tirnovo, il se mit à la tète d'une contre- révolution et marcha de son côté sur la capitale, qui [dans les conditioBS d'alors) était au moins à quatre jours de route.

C'était la guerre civile en perspective; les deux anciens amis, Stamboulof et Karavélof, échangeaient des télégrammes où ils se menaçaient mutuellement de se faire fusiller. Karavélof, avec le parti militaire, tenait à Sophia; Stamboulof marchait sur lui par le nordest et, vers le sud-est, Moutkourof, parent de Stamboulof et tout puissant à Philippopoli, se déclarait également contre lui avec les bataillons rouméliotes. Quant à Battenberg, il était réiugVè k Y^^^m^Xa^X,

chez sa mère, heureuse avant tout de le voir sorti sain et sauf de cette aventure. Stamboulof, bientôt msdtre de la situation, lui envoyait des dépêches pressantes qui le décidèrent à revenir; il arriva à Routschouk; il n'avait qu'à monter à cheval pour rentrer à Sophia; mais c'était un de ces prétendants de peu d'envergure qui consultent quand il faudrait agir. En cette heure critique, où tout dépendait d'un peu d'énergie et de volonté, il eut l'idée malencontreuse d'épancher ses incertitudes dans le sein du consul de Russie à Routschouk, personnage tout à fait secondaire qui, ce jour-là, joua un rôle décisif en lui persuadant, pour éclaircir sa situation, d'écrire une lettre de soumission au tzar. Avoir été congédié par. l'intervention russe, rentrer par une contre-révolution dont le mot d'ordre était : « A bas l'influence russe! » et commencer par demander au tzar une investiture, c'était d'un vassal un peu trop maladroit ; le tzar répondit télégraphiquement par une dépêche restée fameuse en Bulgarie, ordonnant au prince de se démettre, et le prince, docile, à peine rentré à Sophia, obéit. Son règne sans éclat était terminé.

Il y avait, on en conviendra, de quoi déconcerter un autre que Stamboulof. Sa contre-révolution avait eu pour but de ramener Battenberg, et voici que Battenberg, après l'effort extraordinaire d'être venu jusqu'à Sophia passer une revue, reprenait le premier train pour Darmstadt ; mais Stamboulof possédait tout au moins, lui, cette qualité de savoir agir; il n'hésita pas et se déclara lui-même régent.

Alors commença une dictature de fait, qui devait durer près de six ans.

Stamboulof, ne pouvant être régent tout seul, avait fait comme Bonaparte en brumaire ; il avait pris deux associés, dont l'un était un homme de paille, son beaufrère Moutkourof, et l'autre un otage, son adversaire

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