CONSPIRATION DE PANITZA
Dans ce duo Stamboulof et Ferdinand de Bulgarie, le prince pouvait peut-être encore moins se passer de son ministre que celui-ci de son prince. Ferdinand le savait ; l'autre tenait tout en mains, la police, Tadministration, l'armée, remplies de ses créatures ; il était le Bulgare; il n'y avait pas à attaquer de front l'obs-. tacle, il fallait le tourner.
Cela dura quatre ans, pendant lesquels le régime de la dictacture la plus violente sévit contre tous les adversaires : cachots remplis, prisonniers mis à la torture comme au moyen âge, liberté de la presse supprimée; l'ancien ministre deô Affaires étrangères Tzanof, maintenu huit mois dans une geôle sans lumière au secret rigoureux; l'autre ministre, Kara-r vélof, condamné à cinq mois de prison, etc., etc.
Ce despotisme, qui empruntait à la Russie ses procédés de répression pour les appliquer aux russophiles, était, toujours à la russe, tempéré par l'assassinat. En février 1890, on découvrait une conspiration ayant pour but de pendre le prince Ferdinand et de fusiller Stamboulof et Moutkourof. Cette fois, le chef de la conspiration, le major Panitza, était fusillé; mais, six mois après, au début de 1891, on frappait à mort un ministre de Stamboulof, Beltchef. Au mois de mai de la môme année, Stamboulof était forcé de donner sa démission, et, quelque temps après, il tombait à son tour exécuté par la vengeance d'un adversaire, le 15 juillet 1895.
Depuis 1894, c'est le prince Ferdinand lui-même qui imprime au gouvernement sa direction générale et ks résultats obtenus font apprécier la méthode suivie. Quand on visite la Bulgarie et qu'on se rappelle ces vieilles histoires, qui ont pourtant moins de 15 ans, comme lorsqu'on se reporte au temps des Turcs, qui date de 28 ans, il semble qu'on retourne à plusieurs siècles en arrière. Il était difficile de faire plus vite plus de chemin et de substituer plus rapide-
ment à l'anarchie l'ordre le plus parfait. La première phase et la plus caractéristique de cette transformation a été l'arrivée au pouvoir d'un ministère conservateur, Natchévitch et Stoïlof, amenant, en 1896, la réconciliation avec la Russie et la reconnaissance par les puissances après le baptême orthodoxe du prince héritier (2 février 1896).
Le retour au pouvoir du parti stambouloviste, formé jadis pour lutter contre la Russie et restituer la Bulgarie aux Bulgares, n'a pas modifié sensiblement cette orientation.
Les Bulgares qui, mieux que nous, sont en mesure d'apprécier les choses et de juger les hommes, pardonnent beaucoup au ministre féroce qui, par sa vigueur, a, en partie, préparé ce résultat. Il ne faut pas oublier que nous sommes dans un pays, où, malgré les transformations récentes, dominent à peu près exclusivement des paysans, — un peu brutaux, comme le sont toujours des paysans — avec une bourgeoisie infime, surtout composée de fonctionnaires, et pas de noblesse. Les arguments, qui peuvent convenir dans un tel milieu, sont en rapport avec l'état d'esprit et la culture de ceux auxquels ils s'adressent. Quelques coups de poing et quelques bourrades ne tirent pas à conséquence. L'optique ne saurait être la même quand il faut juger les « choses » d'Espagne, celles de Florence, celles de Londres, celles de Paris, celles de Moscou ou celles de Bulgarie.
Actuellement, le parti néo-stambouloviste est, depuis quelque temps déjà, au^ affaires ; mais, si Tétiquette de Stamboulof subsiste, la tendance a bien changé; car la réconciliation est faite avec la Russie, dont on ne craint plus l'ingérence trop directe et elle se traduit par quelques symptômes assez caractéristiques.
Ainsi l'on vient d'élever à Sophia un monument gigantesque au tzar libérateur; on va, chose plus