PRODUCTION DE CÉRÉALES
troupeaux. Néanmoins, quand on parcourt ces plaines si fécondes, ce n*est pas sans quelque surprise que Ton voit les étendues d'herbes vagues aux fleurs jaunes, où errent les chevaux, les moutons, les buffles, alterner par parties égales avec les moissons épaisses ondulantes sous le vent.
Quelques chiffres statistiques,. dont on excusera la nécessaire aridité, préëiseront le rôle en Bulgarie de cette question des céréales.
Leur production annuelle peut être estimée, année moyenne, à peu près ainsi : 8 à 11000000 quintaux pour le blé; 6 à 10000000 pour le maïs; 2 500000 pour l'orge; 1500000 à 2 000000 pour le seigle; 1000000 à 1 500 000 pour l'avoine ; 200 000 à 400 000 pour le millet ; 120 000 pour l'épeautre, 25000 à 40000 pour le riz.
Les récoltes varient beaucoup d'une année à l'autre et l'influence d'une bonne ou d'une mauvaise saison se traduit aussitôt par des chiffres considérables pour le budget, qui en subit directement le contre-coup. Nous voyons, par exemple, en 1902-1903, la récolte de blé monter à 9 675000 quintaux, tandis qu'elle était seulement de 5886 000 dans la mauvaise année de 1898-1899 et les chiffres correspondants à toutes les autres céréales changent d'une année à l'autre dans une proportion analogue.
La question est d'autant plus importante pour les finances bulgares qu'une assez forte proportion de ces céréales, et surtout du blé, est exportée : par exemple, en 1903, 2 834 000 quintaux de blé tendre roux à 13 fr., 495000 de blé dur à 13 fr. 60 et 1290000 de maïs à 8 fr. 50 1. Au total, on a exporté, en 1901, 52 millions ^ de francs de céréales sur une exportation totale de 82 millions, 64 sur 103 en 1902, 74 sur 108 en 1903.
'1. Prix moyens établis par la douane pour percevoir les droits d'exportation.
Les plus fortes exportations de blé ont eu les destinations suivantes en 1903 — Belgique: 160420 quintaux; Angleterre : 64329; Turquie : 31722; Grèce : 28903; Allemagne : 21 695; France : 19337.
La culture des céréales en Bulgarie est encore susceptible de très grandes améliorations. Elle a été, jusqu'ici, très peu intensive et je viens déjà d'en donner une idée en insistant sur l'absence d'engrais et sur l'usage des jachères. D'autre part, le labour se fait très peu profondément, au moins dans la moitié' des cas avec une charrue primitive. Les paysans, auxquels on a proposé des charrues européennes, les trouvent généralement trop lourdes pour leurs bétes. Le reste du matériel agricole est également en retard; sauf dans quelques régions comme celles de Routscbouk et de Tirnovo, les machines agricoles sont assez rares, Le battage, notamment, à lieu uniquement au fléau, ou en promenant, sur les gerbes étendues, ces chariots garnis de silex à la base comme des instruments préhistoriques. J'ai dit, à Toccasion de nos excursions dans l(^s Balkans, quel joli, quel pittoresque spectacle il en n'îsulte; mais l'économiste est obligé de gémir, alors qu(; 8(î réjouit l'artiste. Il sera donc possible dans rav(;nir d(î tirer beaucoup plus du sol qu'il ne produit aujourd'hui. C(^s immenses plateaux de terre arable semblent tout indiqués pour le travail industriel, américain, à la machine, et le gouvernement, comprenant toute l'importance du problème, s'applique activement à répandre les notions les plus indispensables de culture moderne; des écoles agricoles pratiques ont été fondées à Plevna, à Routschouk, à Sadovo; des caisses agricolcîs, dont je vais parler, sont venues apporter au cultivat(nir le crédit nécessaire pour acheter des machines; les conseils départementaux ont donné l'exemple, etc. Par une mesure très judicieuse et qui gagnerait à être imitée ailleurs, on profite du passage
VIGNOBLES, MURIERS, ETC, 409
des hommes au régiment pour leur donner une instruction pratique; les exercices de labourage alternent avec les exercices du tir : ce qui amène à rencontrer parfois ce spectacle original d'une plaine labourée par des soldats en uniforme. Enfin, une mesure générale, qui se conçoit dans un pays où Tagriculture est tout et l'industrie rien, est venue aider les paysans par la substitution d'impôts indirects aux trop lourdes charges des anciens impôts directs. Tous ceux qui connaissent bien le pays sont unanimes à affirmer les progrès accomplis; il serait toutefois assez difficile de les constater directement et brutalement sur les statistiques ; l'influence de la saison occasionne, en effet, des variations beaucoup plus importantes que ce changement progressif dans les méthodes de travail et, quand on prend les dix dernières années, il se trouve précisément que, de 1898 à 1900, les récoltes ont été très mauvaises, tandis que celles de 1904 et 1905 ont été excellentes ; on se tromperait donc du tout au tout en les comparant.
Autres cultures. Vignobles, Mûriers, Rosiers, etc.
Après les céréales et les pâturages, on considère la culture delà pomme de terre, jusqu'ici négligée, comme appelée à se développer beaucoup. Depuis 1896, le ministre de l'Agriculture distribue aux paysans la semence dont ils ont besoin.
On cherche également à répandre les arbres fruitiers, dont l'État cultive des pépinières.
La culture de la vigne s'étend aujourd'hui sur 113000 hectares, notamment du côté de Tirnovo, vers le Danube et vers la Mer Noire, et les viticulteurs, dont j'ai pu rencontrer quelques-uns, paraissent souvent fort au courant des idées modernes ; c'est un plaisir de les entendre citer des noms latins d'insectes destructeurs
et de produits chimiques. Le nombre d'hectolitres de vin, qui était de 750 000 en 1896-97 et de 510 000 en 1897-98, est monté à 1 920 000 en 1898-99 et 1 077 000 en 1902-1903.
La culture des vers à soie est une des industries agricoles sur lesquelles on compte beaucoup en Bulgarie. Très florissante au temps des Turcs, elle avait beaucoup pâti des années de trouble, d'insurrection et de guerres, où, de tous côtés, les mûriers furent détruits ; un peu aussi du départ d'une partie de la population musulmane. On s'occupe très activement de la reconstituer et le gouvernement propage l'extension de la graine, qui est d'une bonne qualité, de l'espèce de Bagdad; on en exporte déjà pour 3 à 4 millions de cocons par an, l'on pourrait arriver à 8 et les plus ambitieux parlent de 15; en outre, on commence à filer et l'on espère arriver à tisser. Il est à souhaiter que les progrès de la soie artificielle ne nuisent pas à cette industrie encore naissante.
Un très bon côté do ce travail des mûriers est qu'il occupe les paysans précisément au moment où leurs champs ne leur donnent rien à faire, pendant la morte saison do mai.
La culture du tabac occupe 3 000 hectares.
Enfin j'ai déjà cité cette petite industrie très spéciale de l'essonce de roses, qui constitue pour la Bulgarie un revenu sérieux et susceptible lui aussi de se développer^.
La superficie cultivée en rosiers est passée de 4 844 hectares en 1896 à 5 960 en 1903. L'hectare de rosiers coûte en moyenne 2 000 à 2 500 francs. On estime d'autre part, que, dans une bonne année, un hectare de rosiers peut produire 3 000 kilogrammes de roses; ou, comme il faut au moins ce poids de fleurs pour
1. Voir p. 236. Hérodote (Vill, 138) parle déjà, à propos de la Macédoine, de a roses à soixante feuilles, dont l'odeur est plus suave que celle de toutes les autres espèces ».