CONQUETES RUSSES
concédé le titre de basileus. Pendant quarante ans, on vécut de bonne amitié ; mais, en 967, l'autocrator Nicéphore II Phocas,ce curieux personnage, aussi énergique, avare, dur, envahissant et dévot que notre Louis XI, jugea le moment opportun pour recommencer une lutte séculaire; il le fit brusquement en souffletant des ambassadeurs bulgares, sous prétexte que la Bulgarie ne remplissait plus le pacte en protégeant l'empire contre les Hongrois. Aussitôt après, il envahit le pays et, suivant la méthode habituellement employée contre les barbares, il appela, non cette fois sans imprudence, d'autres barbares plus lointains, les Russes, à son secours. Tandis que Nicéphore regagnait rapidement sa capitale, le tzar des Ross Sviatoslav, alors âgé de 25 ans, accourut de Kiew par la mer Noire et le Danube avec ses longues barques effilées creusées dans un tronc d'arbre.
En deux campagnes, Sviatoslav conquit la Bulgarie du nord, y compris sa capitale, Péreiaslavets, et se posa aussitôt, non plus en allié de Byzance, mais en maître et en vrai roi arrogant. C'étaient de dangereux adversaires que ces Russes, dont les armées étaient plus d'une fois venues menaçantes jusqu'à Gonstantinople. Bientôt Nicéphore s'aperçut qu'il était joué et, revenant à l'amitié bulgare contre les Russes, fiança, en signe d'alliance, les deux petits basileis Basile et Constantin avec deux princesses bulgares. Pierre I" était mort d'une attaque d'apoplexie dès l'arrivée de Sviatoslav. Nicéphore renvoya chez eux les princes bulgares, qu'il tenait jusque là dans une captivité dorée et se prépara à aller les remettre sur le trône avec une armée. En même temps, dans l'ouest de la Bulgarie, un parti national, indépendant à la fois des Byzantins et des Russes, se formait avec le voïvode de Tirnovo, Schischman. La guerre allait commencer entre les Byzantins et les Russes. Ces derniers avançaient vers
Gonstantinople avec des contingents bulgares, hun» et hongrois, quand Nicéphore Phocas mourut assassiné par sa femme et l'amant de celle-ci, Jean Tzimiscès. Ce fut donc Jean Tzimiscès, proclamé basileus, qui engagea, d'abord contre les Russes, puis contre les Bulgares, cette longue lutte victorieuse, justement qualifiée par M. Schiumberger « d'épopée byzantine » : épopée doublement intéressante pour nous, et parce qu'elle rectifie les préjugés courants en nous montrant une Byzance guerrière occupée à défendre, glaive en main, la civilisation, et surtout parce que le théâtre de toutes ces luttes fut le pays bulgare, dont nous parcourerons bientôt les routes, les défilés et les champs de bataille, marqués d'avance par la topographie.
Dès les premiers temps du règne de Jean Tzimiscès, l'armée byzantine partit vers le nord, commandée par Bardas Skléros,ce général arménien, dont toute l'histoire est un roman ; elle rencontra les Russes à25 lieues d'Andrinople, à Arkadiopolis (970) et, du coup, les refoula au delà des Balkans, dans la Bulgarie du nord.
Mais la révolte de Bardas Phokas en Asie arrêta un moment la poursuite, et ce fut un peu plus tard seulement que le basileus, prenant lui-même la tête de ses troupes, put poursuivre son succès jusque sur le Danube.
Dans cette campagne, Jean Tzimig^cès, montant tout droit au nord d'Andrinople par les vallées de la Toundja et de l'Asmak, à peu près suivant la ligne de chemin de fer lamboli-Bourgas, traversa les Balkans à leur col le plus oriental, le plus facile et aussi le plus fréquenté par les armées du moyen âge, vers Dobrôl et, toujours droit au nord, marcha sur la capitale des rois bulgares, Périéaslavets, que l'on appelle aujourd'hui Preslav ou Eskl Stamboul (un peu au sud de
ioumla) et qu'occupaient alors les Russes. Là s'était