‹ La Bulgarie d'hier et de demainChapitre 18 sur 198 · CAMPAGNE DE JEAN TZIMISCES · texte numérisé non relu

CAMPAGNE DE JEAN TZIMISCES

retranchée une partie des troupes de Sviatoslav, tenant en demi-captivité le tzar Boris, fils de Pierre, tandis que le gros de Tarmée, avec Sviatoslav,. était plus au nord, à Silistria (Dorystolon) sur le Danube.

Cette ville bulgare de Preslav, où il reste encore de grands pans de muraille et des masses de ruines, présentait alors ce mélange de barbarie et de luxe byzantin, qui caractérisait, dans le même temps, tous les souverains à demi civilisés des régions contiguës à Tempire, et dont tel roi nègre à l'uniforme français ou anglais sur son trône doré, peut aujourd'hui nous donner un peu l'idée. Au centre était le palais, l'aoul bulgare, (du mot grec AûXrJ, vaste ensemble de constructions de bois éparses au milieu d'enceintes palissadées, où, dans des chambres aux tapis éclatants mêlés de peaux de bêtes, parmi les ornements de métal et les lourds bijoux, trônait le tzar fauve, portant avec orgueil les chaussures de pourpre, distinctives des basileis byzantins.

Pour délivrer, disaient-ils, les Bulgares des Russes, les Grecs commencèrent par tout massacrer pêle-mêle ; puis, reprenant leur route par Provadia et le Déli- Orman, sur un chemin que j'aurai bientôt à décrire, ils vinrent assiéger Sviatoslav dans Silistria.

Alors commença, en 972, un de ces innombrables sièges que Silistria a eu sans cesse à subir à toutes les époques de l'histoire. Les Byzantins étaient campés sur le même mamelon où les Russes ont établi leurs batteries pendant les trois sièges de 1773, 1809 et 1829. Ils avaient fait venir de la Corne d'or la flotte impériale, arrivée par le Danube et formée en demi-cercle A l'aval du fleuve. Les Russes, qui se méfiaient de leurs auxiliaires bulgares et leur attribuaient la chute de Preslav, commencèrent par faire décapiter 300 de leurs nobles ou boliades, puis mirent le reste des Bulgares devant eux dans la première bataille, avec ordre de

massacrer ceux qui fuiraient ; vaincus, ils durent se réfugier dans la ville et tirer leurs barques inutiles sur la rive 1

« Dorystolon, dit à ce propos M. Schlumberger, donnait alors le formidable et curieux spectacle de ces deux armées, de ces deux flottes si dissemblables réunies sous ses murs. Au centre, la ville, avec ses hauts remparts hérissés de tours peuplées de défenseurs, avec ses rues, ses places couvertes de guerriers gigantesques, au parler rauque et sonore, guerriers étranges des glaces de la Scythie, brutes effrayantes aux vêtements de mailles; autour d'eux, des Petchénègues, des Hongrois, des Bulgares captifs, tous les peuples de la horde vêtus de peaux de bêtes. Au sud, le vaste camp de l'armée byzantine fourmillant de milliers de soldats de tant de races, le long scintillement de cette prodigieuse muraille de boucliers et de lances fichés en terre, les évolutions des cavaliers, les costumes superbes du basileus et des chefs, l'éblouissante troupe des Immortels. Au nord, le Danube sombre dans sa large vallée ; sur la rive, les milliers de longues barques qui avaient amené les Russes de Kiew; plus loin, la flotte grecque en demi-cercle avec ses pavillons de soie, ses voiles de couleurs, les costumes des matelots... Au delà la plaine infinie, nue et morne jusqu'aux brumes de Scythie..., avec peut-être quelque bande errante de cavaliers hongrois. >

Que l'on se représente également les deux souverains en présence. D'un côté, Jean Tzimiscès, ce personnage de roman, arrivé à l'empire par le lit de l'impératrice Théophano, qu'il relégua tranquillement en exil dès qu'elle l'eut conduit au pouvoir, et par l'assassinat du basileus Nicéphore Phocas : ce petit, mais fin et élégant Arménien, aux yeux bleus, au nez mince et busqué, aux cheveux blonds ardents, à la barbe rouge fauve, adroit, insinuant, beau parleur, brave mais

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