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Kavarna (avec 66 000 tonneaux). Je renvoie, pour la description de ces ports, au chapitre où il a été question de la mer Noire ^.
Le gouvernement bulgare s'est efforcé d'en accroître l'importance par des subventions accordées aux diverses compagnies de navigation pour les amener à toucher Varna et Bourgas. En premier lieu vient la Compagnie bulgare, qui a trois navires de 2 000, 900 et 700 tonneaux et à laquelle l'État assure 9 pour 100 de son capital, plus 50 000 francs par bateau; ce qui fait en tout 300 000 francs. La Deutsche Levant-Linie reçoit également, si je ne me trompe, une centaine de mille francs, et la Compagnie française Fraissinet environ 40000.
La part du pavillon bulgare dans l'arrivée des navires (Danube et mer Noire) a été, en 1903, pour le tonnage, d'environ 7 pour 100.
Postes et Télégraphes.
Les communications postales sont assurées, en Bulgarie, par 1 758 agences postales, 183 stations de poste et télégraphe, 565 bureaux téléphoniques, 16 282 kilomètres de lignes et fils télégraphiques.
L'Armée.
En regard des dépenses productives, en tète desquelles il faut placer celles concernant les travaux publics, les dépenses de guerre représentent les principales dépenses improductives, qui absorbent, chaque année, un peu plus du quart des recettes bulgares.
Avec ses idées de conquête, la Bulgarie, je l'ai assez dit, est nécessairement militaire. Et, sans doute, on
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peut regretter qu*un pays aussi jeune emploie à acheter des canons ou à faire manœuvrer des soldats tant de millions qui lui seraient si utiles pour construire des routes, des chemins de fer ou des ports, aménager ses forêts, améliorer ses cultures ; mais c'est Téternel problème du pacifisme, encore pour longtemps insoluble ; et, en dehors des raisons générales qui forcent aujourd'hui tous les pays d'Europe à entretenir une coûteuse paix armée, il faut bien dire que la nécessité d'être fortement défendue s'impose à la Bulgarie par sa situation même et par ses voisinages.
Au nord, il s'agit surtout de se défendre. La Roumanie, ayant perdu la Bessarabie, terre roumaine, dans la guerre russo-turque de 1878, où elle avait cependant bien aidé les Russes vainqueurs, a reçu en compensation une partie de la Dobroudja, terre bulgare, au delà du Danube, qui aurait dû former sa limite naturelle. En 1885, la guerre bulgaro-serbe lui a permis d'occuper sans crier gare les environs de Silistria. Depuis ce inoineiit, eiici attend une autre occasion favorable, que la première déflagration générale lui fournira peut-être, pour prendre le reste de la Dobroudja, avec le beau port de Varna dont elle n'a pas l'équivalent.
A l'ouest, c'est la Serbie, qui semble, il est vrai, pour h; moment guérie par nécessité de ses velléités de conquête, mais qui cependant, bloquée dans un coin, sans issue dans aucun sens et sans avenir, pourrait être tentée de s'agrandir si elle en apercevait un jour la possibilité.
Au sud enfin, c'est l'ennçmi héréditaire, le Turc. De ce côté, la route est tout indiquée aux Bulgares. Il s'a.L,ât, non pas seulement de se défendre contre une agression que l'Europe arrêterait sans doute en tout cas comme elle l'a fait en Thessalie, mais surtout d'attaquer soi-même et de s'agrandir. L'armée bulgare aurait peut-être, à elle seule, du mal à vaincre l'armée
turque; mais, avec une alliance possible, ses chances de succès deviendraient très fortes. En tout cas, la Bulgarie n'a guère de raison d'être — et tout Bulgare le sait bien — , si elle ne prend pas quelques-uns de ces pays, sur lesquels elle a des prétentions historiques, si elle ne se crée pas le débouché rêvé de tout peuple slave vers cette mer à peu près ouverte qui est la Méditerranée.
Cette nécessité, tous les Bulgares l'ont comprise ; et le patriotisme, qui, sans être plus profond chez les petits peuples que chez les grands, prend cependant volontiers pour eux une forme plus active, plus ardente, plus combative, a fait accepter de tous les charges militaires avec discipline.
Je ne sais s'il faut à proprement parler considérer les Bulgares comme un peuple belliqueux au sens où l'on accusaitles Français de l'être jadis, c'est-à-dire comme un peuple aimant la bataille pour la bataille et désireux de mêlées comme d'une sorte de jeu ou de tournoi; il n'y a pas, je crois, beaucoup de peuples qui envisagent aujourd'hui la guerre de cette façon. En tout cas, cette forme chauvine et vantarde de nations trop méridionales, qui n'est pas toujours la plus solide en cas de réel danger, me semblerait convenir mal au caractère sérieux, travailleur, économe du paysan bulgare. Je n'ai jamais vu en Bulgarie l'esprit militaire se traduire par des démonstrations bruyantes, des vantardises, des panaches et des flaflas, comme cela peut arriver en Grèce, en Serbie ou même en Roumanie. Mais le soldat bulgare, qui a déjà eu l'occasion de montrer sa bravoure, sa solidité, son endurance et sa ' discipline, soit contre les Serbes, soit contre les Turcs, donne, quand on le voit manœuvrer, une impression de confiance. Les officiers, moins chamarrés de galons, de brandebourgs et de couleurs voyantes que certains de leurs voisins, plus sobrement \è\.\i^ k \^ tw^^^^
semblent également moins disposés à prodiguer leur énergie et leur temps en conversations de café. L'impression que peut produire l'armée bulgare sur quelqu'un d'absolument incompétent comme celui qui écrit ceci, est la même que produit, à tous égards, le peuple bulgare : l'intérêt inspiré par le labeur consciencieux et par la force robuste.
Comme en France et comme à peu près partout aujourd'hui, sauf en Angleterre, l'armée bulgare est l'armée de la nation. Service universel de 20 ans à 45, avec les trois étapes de l'armée active, de la réserve et de la territoriale, ce sont les formes que nous connaissons, avec cette différence toutefois que l'activité dure 2 ans pour l'infanterie, 3 ans pour les autres armes et que les musulmans peuvent se racheter moyennant 500 francs.
Le contingent de conscription annuelle est de 18 200 hommes. Sur le pied de paix, l'effectif comprend oO'ill soldats et sous-officiers et 3123 officiers. Il y a : 9 divisions d'infanterie destinées à devenir, en cas de mobilisation, 9 corps d'armée et formant 36 régiments; 9 régiments d'artillerie comprenant chacun 54 pièces; 1 brigade de 36 pièces d'artillerie de montagne et 2 brigades de cavalerie de 2 régiments.
En temps de guerre, l'effectif de l'armée active est le suivant :
Hommes. Chevaux et bœufs. Canons. Voitures.
9 divisions d'iiilanterie iSWOÏH 35564 1080 8667
1 division de cavalerie 4404 481^0 » 102
Total. . . . 'Ji)045-i 40400 1080 8769
Au total, on peut arriver à mobiliser 320 000 hommes.
Un mode d'appel d'une grande souplesse permet de tripler les contingents de paix sans tapage, sans discussion au Parlement, quand le besoin s'en fait sentir,
sous prétexte de manœuvres. Le cas s'est déjà présenté depuis que la question macédonienne s'est envenimée et l'on a vu, dans l'été de 1903, 100 000 hommes rassemblés prêts à marcher vers la frontière turque.
L'armement venait, jusqu'ici, d'Allemagne (usine Krupp). Depuis que la Bulgarie a commencé à secouer la sujétion économique de l'Autriche et qu'elle s'est adressée ^ la France pour lui fournir des capitaux, un mouvement correspondant (et même corrélatif) s'est fait en ce qui concerne le matériel de guerre. On a commencé par demander au Creusot les batteries de montagne ; puis, en 1905, la Bulgarie a commandé des batteries à la même usine et elle a déjà fait venir de France un croiseur-école, qui, avec un yacht à vapeur et 3 vapeurs, constitue la flotille de Varna, mise sous les ordres d'un Français. Comme on le comprend, chaque effort de ce genre accompli par un des pays balkaniques en détermine forcément un correspondant chez ses voisins et, pour ne citer que la Roumanie, au mois de janvier 1906, la Chambre roumaine a voté 30 millions pour l'achat de canons à tir rapide et pour un bâtiment.
Pendant l'été, les troupes bulgares campent de longs mois sous la tente en faisant des exercices plus analogues à ceux de la guerre que ne le comporte le séjour des villes. J'ai vu ainsi un camp important aux portes de Sophia.
L'armée bulgare a donné, en 1885, une preuve remarquable de sa mobilité en se portant, dans un délai tout à fait imprévu, de la frontière turque où elle était concentrée vers la frontière de l'ouest que les Serbes venaient de franchir. Le soldat, robuste et trapu, est très endurci à la marche.
Quant à la question si importante des transports, qui n'est pas sans présenter des difficultés en un pays où les routes carrossables sont souvent un peu sommaires, on la tranche d'habitude en utilisant ces longs ckdx\<^\'^
couverts d'une carapace demi-cylindrique et traînés par des buffles, qui servent de tous côtés aux paysans. Il m'est arrivé, par exemple, de rencontrer, sur la route assez mauvaise de Tchoumerna qui relie Plevna à Tvarditza (dans la vallée de la Toundja) toute une longue file de 60 chars à buffles transportant le matériel d'un bataillon changé de garnison. C'était la démonstration la plus nette (et point inutile dans le cas présent) que cette traversée des Balkans pouvait être effectuée par des transports militaires.
J'ai dit, en deux mots, que les ofïiciers bulgares ressemblaient à des officiers russes. C'est généralement la casquette plate recouverte en blanc, la veste blanche coupée en travers par la bandoulière qui porte l'épée et la culotte sombre; ou bien, par-dessus, la longue lévite en drap gris, bien sanglée.
Quand on passe de Bulgarie en Roumanie, on est surpris par contraste à la vue des uniformes roumains, sur lesquels une profusion de galons jaune serin ou rouge éclate en arabesques compliquées, s'étale en larges bandes superposées (couvrant les poitrines, les manches et les képis), et se complique d'aiguillettes multicolores. Il n'y a aucune conclusion sérieuse à en tirer et je n'ai nulle raison personnelle pour adopter le calcul vantard des Bulgares, suivant lequel un soldat bulgare vaut deux Roumains. J'ai cependant été frappé par la différence que présentent les postes-frontières des deux pays au sud de Silistria, où, pendant des kilomètres de long, la frontière est simplement marquée par une grande route. Le caractère des deux peuples éclate là avec une vivacité singulière et, comme il ne s'agit ici que de qualités militaires à l'exclusion de toutes les autres qualités aimables par lesquelles peuvent se caractériser les Roumains, il faut bien dire que la comparaison est tout à l'avantage des Bulgares. Du côté roumain, ce sont d'élégantes maisonnettes
blanches, avec un gentil jardin, aux abords desquelles on ne voit jamais personne; du côté bulgare, les postes sont plus rudes, simples cabanes de paysans couvertes en tuiles ou en chaume ; mais on aperçoit toujours, au voisinage, quelques soldats s*exerçant et les grands chiens dressés à faire une garde féroce pendant la nuit.
Si l'on va vers la Turquie, le contraste est d'un autre genre. Le soldat turc est un soldat excellent, très solide, très brave et très discipliné ; mais là ce n'est plus de la rudesse, c'est de la misère ; mal nourris, jamais payés, forcés de vivre en rançonnant plus ou moins Thabitant, les soldats turcs en guenilles, avec leurs bottes percées, leurs uniformes rapiécés, leurs harnais raccommodés par des ficelles, ont généralement plus l'air de gueux ayant acheté au Temple quelques uniformes réformés que d'honnêtes et corrects guerriers. Là encore cela ne veut pas dire qu'ils se battraient plus mal ; mais il est à présumer que l'armement doit présenter quelquefois de ces lacunes, dues à la corruption des chefs, qui apparaissent à tous les yeux dans la marine.
Numériquement, la Turquie n*a pu opposer à la Grèce que 117 000 fusils. En cas de guerre turco-bulgare, si la Serbie, le Monténégro et la Grèce immobilisaient, sur leurs frontières, les 2« et 3e corps d'armée turcs, la Turquie ne disposerait guère contre la Bulgarie que de 300 000 hommes et pourrait être vaincue.
Les puissances européennes, et notamment la France, ont prouvé, depuis 1903, l'intérêt qu'elles portent à l'armée bulgare, en même temps qu'elles faisaient un nouveau pas vers la reconnaissance officielle du royaume indépendant, en envoyant des attachés militaires à Sophia.