‹ La Bulgarie d'hier et de demainChapitre 179 sur 198 · UA VENIR DE LA BULGARIE · texte numérisé non relu

UA VENIR DE LA BULGARIE

Les prétentions des divers intéressés dans la question d'Orient : la Bulgarie, la Grèce, la Roumanie, la Serbie, le Monténégro, TAlbanie, la Russie, l'Autriche, l'Italie... et même la Turquie. — La Turquie peut-elle ressusciter? — A qui doit équitablement appartenir la Macédoine? — Qui sera assez fort pour la prendre? — La solution des États-Unis balkaniques. — Le rapprochement possible de la Bulgarie avec la Serbie et la Roumanie.

J'ai essayé jusqu'ici de tracer un tableau de la Bulgarie aussi fidèle que possible : Bulgarie du passé et Bulgarie d'hier, qui préparent l'une et l'autre, par la force des souvenirs traditionnels comme par le labeur journalier, la Bulgarie de demain. Il faut maintenant nous hasarder à conclure et chercher quel peut être l'avenir du pays bulgare, comment se présentent ses chances de succès dans la grande mêlée future des peuples balkaniques.

Il est inutile de dire que la question est ardue et complexe; tout l'avenir de la péninsule balkanique y est implicitement lié et nul autre coin du monde ne présente un tel conflit d'ambitions et d'intérêts divers. Ce n'est plus seulement la Bulgarie que nous serons amenés à envisager, ce sont tous les peuples voisins, qui, à des titres divers, peuvent intervenir dans ses querelles et troubler ses plans. Vouloir résoudre un

problème qui, depuis un siècle au moinfl» fournit un li fécond sujet de mémoires à toutes les chancelleries européennes, serait par trop présomptueux; la témérité sera déjà bien assez grande si je tente seulement de le poser.

Dans ce litige, les adversaires sont nombreux et tous très exigeants; le premier point est, sans doute, de les écouter exposer leurs revendications. C'est ce que nous allons faire aussitôt; mais, sans entrer encore dans le détail, on peut auparavant remarquer que le principal argument de tous ces pays balkaniques, les plus naturellement, les plus logiquement intéressés dans l'affaire, se résume à peu près en ceci : qu'il s'agisse d'ailleurs de la Bulgarie, de la Grèce, de la Roumanie ou de la Serbie. Chacun de ces peuples, pour réclamer ce qu'il croit utile à ses intérêts, se borne à envisager une époque de son histoire, la plus glorieuse, celle où il a atteint son apogée et prétend la reconstituer : chose impossible puisque ces grands empires-successifs se sont superposés les uns aux autres, presque sur le même domaine, au cours des temps. Tous également, refusant d'admettre une telle objection, qui, de la part d'un adversaire, leur semble sans valeur, s'entêtent donc dans leurs souvenirs d'orgueil; et Ton voit les Bulgares rêver à l'empire de Siméon, tandis que les Grecs se reportent à celui de Byzance, les Roumains au temps de saint Etienne le Bon et les Serbes à celui de Douchan.

A côté de ces antiques maîtres du sol, interviennent alors les grands voisins, plus ou moins gourmands suivant leur force, la Russie, l'Autriche et l'Italie. Puis les pays plus lointains, l'Allemagne, l'Angleterre et la France même, sans avoir rien à faire dans le procès, ne sauraient politiquement renoncer à en tirer parti sous la forme de quelque compensation.

Enfin, on ne peut absolument laisser de côté celui

Page 1