‹ La Bulgarie d'hier et de demainChapitre 180 sur 198 · LES AMBITIONS BULGARES · texte numérisé non relu

LES AMBITIONS BULGARES

dont on se dispute ainsi la succession, cet « homme malade » qui s'obstine à ne pas mourir et prétend, maintenu debout par la seule force de l'inertie, arriver successivement à enterrer tous ses héritiers...

Je vais expliquer un peu mieux les prétentions des interlocuteurs, en montrant comment, si elles sont peut-être discutables en droit, elles se trouvent justifiables en fait par des nécessités politiques ou économiques ; je résumerai, à cette occasion, les principaux faits récents, qui sont venus confirmer ou infirmer les arguments théoriques; j'examinerai ensuite, en scribe consciencieux, comment la cause peut se juger équitablement • et nous verrons enfin, pour conclure, quels sont, parmi les divers arrêts proposés, ceux qui, dans la pratique, peuvent avoir le plus de chances de triompher.

Le premier, auquel nous donnerons la parole, est, puisqu'il s'agit ici de la Bulgarie, le peuple bulgare.

Les Bulgares pourraient-ils rester tels qu'ils sont, avec le pays que les événements de 1878 et de 1885 leur ont restitué? Pourraient-ils, sans regarder au delà de leurs frontières, se contenter d'aménager leur sol qui est fécond, réduire leurs dépenses de guerre à ce qui leur est nécessaire pour la défensive et s'enrichir pacifiquement par le travail? Cette solution idyllique serait peut-être la plus sage; comme elle ne prévaudra certainement pas, il est inutile de la considérer. Sous une forme ou sous une autre, par la diplomatie ou par les armes, la distribution politique de la péninsule sera modifiée. La Bulgarie ne restera pas enfermée dans ses limites actuelles, à moins d'y être contrainte par des défaites sanglantes; pendant plus ou moins longtemps, des pressions étrangères réussiront peutêtre à la maintenir dans un équilibre instable, qui promettra d'être éternel : tôt ou tard l'équilibre sera rompu et la guerre éclatera, au moins contre le Turc,

peut-être contre d'autres voisins encore, avec lesquels, momentanément, les relations sont devenues correctes ou même cordiales.

Si Ton envisage les choses du dehors, on peut regretter cet avenir belliqueux; d'un point de vue bulgare, il est presque une nécessité. On sait, en effet, que la Bulgarie actuelle est à peu près exclusivement et nécessairement agricole ; mais la Bulgarie n'a ni la richesse acquise, ni le tempérament d'une Hollande pastorale, satisfaite de ses pâturages et il lui faudrait au moins ce qui a fait la fortune de la Hollande : la possibilité d'un grand commerce maritime suppléant à l'industrie. Or la Bulgarie n'a d'issue que sur une mer fermée qui est un lac, la mer Noire. Cette démangeaison de s'échapper au dehors, qui a successivement poussé la Russie vers la Baltique, vers Constantinople et vers la mer de Chine, tourmente aussi la Bulgarie. En regardant la carte, chaque bulgare songe que, pour être complet, son pays demande au moins radjonction d'une partie de la Macédoine; et ce désir, cette prétention, cet espoir sont d'autant plus entrés dans le sang qu'un moment la « grande Bulgarie » a semblé être réalisée. Entre le traité de San-Stefano et celui de Berlin qui l'a réformé, la Bulgarie allait à la mer; elle englobait des pays qui, d'autre part, ont été bulgares dans le passé et où assez facilement la population, après s'être crue grecque pendant longtemps, s'est retrouvée récemment bulgare.

Ici, je ne discute pas la thèse, je me contente de l'exposer; pour les Bulgares, il faut donc nécessairement descendre à la mer Egée, au moins de Dédéagatch à Kavala et, sans doute, absorber Salonique. On peut réserver pour le moment, en le laissant turc, le morceau, un peu gros à prendre, de Constantinople ; mais comment n'engloberait-on pas toute cette Macédoine des lacs d'Ochrida et de Prespa, ce beau et riche pays

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