POSSIBILITÉ D'UN PROGRES TURC
progrès turc, tient, je n'ai pas besoin de le dire, à la religion. L'état de la Turquie offre bien des analogies, quoique la comparaison puisse paraître offensante à quelques-uns, avec celui de la Russie: même corruption, même démoralisation absolue, même pourriture inguérissable dans la haute classe gouvernante, réussissant seulement à 'se maintenir au pouvoir par la force militaire et par la terreur; mêmes qualités de travail et de courage dans le peuple, également appuyées sur un fondement religieux très puissant, qui donne seul au régime social, en présence de tant d'éléments dissolvants, une certaine stabilité. Renverser la classe gouvernante pour mettre directement le peuple au pouvoir est rendu également délicat dans les deux cas par l'inaptitude évidente de ce peuple à gouverner, par l'état d'ignorance fanatique où il a été maintenu pendant des siècles. Mais, tandis qu'en Russie on aperçoit la solution de la crise par la constitution d'une classe bourgeoise intermédiaire, analogue à celle qui a pris la direction de notre révolution française et par la faculté que présente toute religion chrétienne pour évoluer et conserver ses moyens d'action moraux et sociaux en s'épurant, en Turquie rien de tel n'apparaît. Il n'y a pas de bourgeoisie turque et on se demande s'il pourra jamais y en avoir une; les Turcs, qui ont reçu une éducation européenne, sont, jusqu'ici, les pires de tous : ceux qui, assez intelligents et instruits pour voir les vices du système, ne les constatent comme fonctionnaires que pour en profiter. Dans le peuple, la religion musulmane est tellement puissante et elle a pris, depuis des siècles, une forme si essentiellement ritualiste et fanatique ; elle constitue si bien un groupement national en séculaire antagonisme avec la religion chrétienne qu'on imagine malaisément le peuple turc devenant chrétien; il serait peut-être plus simple encore de le voir ^XYvte.'^^^wiî^
où il existe des chrétiens sous la domination turque, le pouvoir ottoman ne saurait donc durer. II faut que, tôt ou tard, ce pouvoir soit réduit aux pays asiatiques, où les chrétiens en nombre infime sont noyés dans la population musulmane et où alors peut s'établir un régime de protectorat plus ou moins net, analogue, soit à celui de l'Angleterre sur l'Inde, soit à la situation de la Russie vis-à-vis de la Perse : protectorat vers lequel l'empire allemand porte visiblement ses efforts.
Je crois donc qu'on peut écarter cette solution turque et, considérant la succession comme devant s'ouvrir un jour ou l'autre, examiner en équité et en fait comment le partage peut s'opérer.
La question, pour le moment la plus délicate, ou tout au moins la plus actuelle, dans ce partage qui s'opère depuis si longtemps par étapes successives, est celle de la Macédoine. En Albanie et en Thrace, les choses ne sont pas encore mûres; on en reste aux galeries d'approche souterraines; en Macédoine, les travaux de mine ont depuis longtemps débouché au jour et l'assaut est ouvertement commencé. C'est, d'ailleurs, pour notre sujet spécial de la Bulgarie, le point à la fois critique et intéressant. Il s'agit, avant tout, de savoir à qui doit appartenir la Macédoine. Ainsi que je l'ai déjà annoncé, je vais d'abord dire deux mots de la question de droit. Ce sera là faire preuve d'un sentimentalisme bien peu pratique et me ranger bien volontairement dans la classe des idéologues; n'importe, la force du droit et de l'équité, que les vrais politiques commencent toujours par mépriser, n'est quelquefois pas sans exercer à la longue une action imprévue sur la suite des événements. Et puis il est bon, surtout quand on appartient à un pays vaincu, quand on a quelque part dans le monde des frères vioiemment arrachés à leur patrie, de s'imaginer, dans