BASILE II, LE TUEUR DE BULGARES
^1083-1118), leur grand persécuteur, ayant feint de vouloir se convertir à leurs idées, fit venir leur chef le moine Basile et, tandis que des scribes cachés inscrivaient tout le dialogue, l'amena à lui faire ainsi toute une profession de foi, à la suite de laquelle, fort de «on aveu, on le brûla vif.
Mais nous ne sommes encore qu'au x^ siècle, au temps de Jean Tzimiscès et au début du manichéisme <en Bulgarie.
Jean Tzimiscès, étant mort subitement au retour d'une sorte de croisade qui le mena jusqu'aux portes de Jérusalem, fut remplacé par Basile II, le Bulgaroctone ou le tueur de Bulgares, dont le long règne {976-1025) devait être, comme celui de Charlemagne, une guerre perpétuelle, au nord contre les Bulgares, au sud contre les Arabes, à l'est contre les Arméniens, à l'ouest contre les maîtres de l'Italie, pour aboutir ■enfin, du côté qui nous intéresse, à la destruction momentanée de l'empire bulgare.
C'est encore une curieuse figure que celle de ce Basile qui, après avoir d'abord semblé supporter la domination de son Mazarin, le parakimomène Basile Teunuque, prit un beau jour le pouvoir et le garda avec l'énergie d'un bon propriétaire, sans cesse occupé à arrondir et à mettre en valeur son bien. Un autre type à la Louis XI de paysan madré, affectant la rusticité et très différent en cela de son élégant prédécesseur, très autoritaire, très avare, rude au travail, méprisant le confort, célibataire endurci, ennemi juré des lettrés et des philosophes, affectant un langage abrupt et inculte, aimant les poses familières, comme de s'asseoir les mains sur ses cuisses en écartant les coudes pour s'esclaffer à gorge déployée, mais sachant aussi apparaître à ses soldats raide et majestueux sur son cheval qu'il montait admirablement.
Dès le début de ce règne, la révolte est ^aTlç>\3A.\
Bardas Skléros, avec ses Arméniens, ses Géorgiens et ses Sarrasins, est en face de Gonstantinople ; la Bulgarie, où s'était toujours maintenu dans l'ouest un foyer d'indépendance, recommence une guerre de trente ans.
A travers les obscurités de cette histoire, on peut se rendre compte que la conquête de la Bulgarie par Jean Tzimiscès était restée très incomplète. Tout l'ouest du pays s'était maintenu indépendant avec une capitale qui fut d'abord à Sophia, puis à Mogléna, à Vodéna, à Prespa, enfin à Achrida en Macédoine^, et les Bulgares avaient bientôt trouvé d'autres chefs pour remplacer leurs princes d'ancienne race retenus prisonniers à Byzance. Leur maître était alors le voïvode de Tirnovo, le boliade Schischman, dont les fils David et Samuel, avec leurs deux frères, les quatre Comitopoules, commencèrent une guerre de conquête.
En 980, quand David mourut pu se fit moine, laissant le trône à son frère, le belliqueux Samuel, les Bulgares avaient pris la Thessalie (Sérès, Larissa) et la Grèce jusqu'à Gorinthe. Le centre de leur empire s'était déplacé ainsi dans le sens du sud-ouest vers cette belle et montagneuse Macédoine, vers ce pays des lacs de Prespa et d'Ochrida, qui a, de tout temps, attiré les ambitions bulgares. Mais la Bulgarie gardait aussi, sur le Danube, en Serbie et jusqu'en Illyrie, sur l'Adriatique, à Durazzo, de nombreuses places de guerre, restes reconstitués des anciennes forteresses romaines. Ce tzar Samuel, très puissant par conséquent, assurait sa domination en s'appuyant sur le parti féodal des boliades ou propriétaires terriens et, tenant de Rome sa couronne, se montrait assez tiède pour l'église bulgare, qui, par représailles, l'a volontairement oublié.
1. Il ne faut pas confondre la vieille cité d' Achrida, sur le lac Ochrida, avec la ville moderne d'Ochrida au nord du même lac.