‹ La Bulgarie d'hier et de demainChapitre 22 sur 198 · CAMPAGNE DE BASILE II EN · texte numérisé non relu

CAMPAGNE DE BASILE II EN

En 986, une campagne de dévastation, où il parait avoir eu le concours des Russes, le mena, par Trlkkala et Larissa en Thessaliè, jusqu'à Corinthe.

C'est le moment où Basile, alors âgé de 28 ans, venait de chasser brutalement son maire du palais, (comme il arrive parfois aux jeunes souverains qui sont fatigués de vieux ministres tout-puissants), et de l'interner dans un monastère, après lui avoir repris ses biens. Il commençait à régner seul et, d'abord, eut sans doute l'idée d'opposer à cette nouvelle dynastie bulgare des Schischmanides, les fils de l'ancien tzar Pierre !«', qu'il gardait prisonniers à Byzance : l'un devenu simple magister et l'autre eunuque. Tout au moins ceux-ci s'enfuirent-ils dans la Bulgarie de l'est, qu'ils essayèrent vainement de soulever.

Alors Basile partit lui-même en campagne. Remontant la vallée de la Maritza, suivant la ligne de chemin de fer actuelle, il se dirigea de Philippopoli sur Sophia en traversant le seuil peu élevé que marque l'ancienne porte Trajane. Sophia, l'Ulpia Serdica de Trajan, tant aimée par Aurélien, puis par Constantin, et dont on avait un moment songé à faire le centre de l'empire, était alors une très populeuse et très forte cité, célèbre par le concile de 356 évéques qui, au iv® siècle, y condamna le schisme d'Arius. Basile l'assiégea sans succès, puis, surpris par l'offensive de Samuel, dut battre en retraite et se fit vaincre à la porte de Trajan, le 17 août 986; il eut grand'peine à regagner Philippopoli, laissant la moitié de ses soldats et ne sauvant le reste que grâce au courage de ses auxiliaires arméniens.

A Byzance, la situation était particulièrement grave en raison des révoltes de généraux à pronunciamentos, qui ont été une des caractéristiques de son histoire. C'est alors qu'en 987, (l'année même, où, en France, Hugues Capet montait sur le trône), Basile dut s'allier aux païens russes pour obtenir d'eux un corps de

6000 mercenaires, devenus bientôt le noyau de» armées byzantines : ce qui amena, deux ans après, la conversion de ces Russes au christianisme* et le mariage de Vladimir, fils de Sviatoslav, — auparavant qualifié de « fornicator immensus », un peu plus tard canonisé, — avec une pauvre princesse byzantine.

L'armée de Byzance devait être alors tout à fait originale et propre à fournir un tableau piquant pour roman historique, avec son mélange de Russes et de Grecs, ses Anglais, ses princes Francs, ses Northman» d'Islande et de Scandinavie, qui traversaient le monde^ attirés jusqu'à elle par les récits de ses richesses merveilleuses et par ses « princesses lointaines ».

La conversion des Russes se fit suivant la mode ordinaire du temps. L'ancien dieu Péroun, tombé au rebut, fut attaché à la queue d'un cheval, battu avec des bâtons et jeté dans la mer du haut de la falaise. Puis il fut annoncé par ordre du tzar que quiconque ne se ferait pas baptiser le lendemain en pâtirait et, le lendemain, le peuple entier, touché par une grâce subite, accourut avec joie (disent les chroniqueurs) pour recevoir à son tour l'eau sainte.

Cette conversion des Russes, obtenue, non par les Bulgares, leurs voisins immédiats et leurs frères de race comme il en avait été un moment question, mais par les Grecs, eut pour résultat d'assurer la prédominance de l'élément grec dans la péninsule balkanique et fit de la Russie pour longtemps le trait d'union entre le Nord et l'Orient, en même temps que Kiew et Novgorod, somptueusement rebâties, prenaient l'aspect de villes byzantines.

Je passe sur la confusion des années suivantes, où

1. Déjà auparavant, la reine Olga, veuve d'Igor et mère de Sviatoslav, s'était convertie dans un voyage à Gonstantinople, dont le moine Nestor nous a laissé la relation épitjue.

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