‹ La Bulgarie d'hier et de demainChapitre 23 sur 198 · LUTTES DES BYZANTINS ET BULGARES · texte numérisé non relu

LUTTES DES BYZANTINS ET BULGARES

la puissance des Bulgares comprenait à peu près toute la péninsule balkanique, sauf la Thrace autour de Byzance, Salonique et la Morée. La Serbie était devenue leur vassale et leurs razzias s'étendaient jusqu'à la Morée : parfois, comme certaine campagne de Samuel en 996, si aventureuses qu'elles se terminaient par un désastre. Bien que les hostilités n'eussent jamais cessé, Basile ne recommença une campagne bulgare qu'en 1001. Cette année-là, il marcha sur Sophia par la môme route de Philippopoli et de la porte Trajane, où, 15 ans avant, il s'était fait battre. L'année suivante, il se porta sur la Bulgarie danubienne, où il reprit Preslav et Silistria, puis inclina vers la Macédoine, où il s'empara de Vodèna (Ëdesse). Ces campagnes de l'un ou l'autre peuple avaient également le même caractère d'une entreprise de pillage ; les Byzantins, à l'occasion, ne se faisaient pas faute d'emporter jusqu'au plomb et au cuivre des églises et la razzia de Samuel répondait parallèlement à celle de Basile, qui avait paru triomphale. Ainsi, en 1003, les Bulgares vinrent ravager Andrinople, tandis que Basile allait de Vidin à Nisch, à Pernik, à Sophia et à Philippopoli. En 100'*, Samuel va piller la Transylvanie; puis la lutte se concentre de plus en plus en Macédoine. On voit, en 1014, Basile allant de Sérès à Melnik, se heurter aux Bulgares de Samuel dans le défilé de Cimbalongou, les entourer et les massacrer,saufl5000prisonniers, auxquels, suivant l'aimable usage du temps, il fît crever les yeux, pour les renvoyer, en effroyable témoignage de sa force et de sa victoire, dans leur pays. Un chroniqueur rapporte que Samuel mourut de douleur en voyant arriver une colonne de ces malheureux aveuglés.

Dès lors, la résistance de la Bulgarie se fit plus faible et, malgré quelques succès momentanés, aboutit à son écrasement final. Chaque année, le basileus repartait au printemps de ses quartiers d'hiver, éta-

blis alors à Salonique, pour aller conquérir quelque partie de cette Macédoine montagneuse, où s'était réfugiée la royauté bulgare. En 1014, il s'empare de Prilapon (Perlépé au nord de Monastir), où se trouve aujourd'hui le château de ce singulier héros serbe du XIV* siècle, le fameux Marko Kraliévitch (vassal du roi Douchan). En 1015, la campagne est diri«;ée contre Vodéna ; en 1016, contre Mogléna, Achrida et Durazzo; en 1017, contre Castoria à l'ouest de Salonique. Enfin, en 1018, le dernier tzar bulgare de ce temps, Jean Vladislav, étant allé mourir au siège de Durazzo, les villes qui tenaient encore se soumettent, les chefs demandent grâce et le basileus peut parcourir le pays, dévasté par trente ans de guerre, en une marche triomphale. On dit que, dans l'aoul d' Achrida, il trouva des richesses immenses, des diadèmes entièrement cousus de perles et de gemmes, des vêtements d'apparat tout brodés d'or. Une partie des prisonniers bulgares fut, paraît-il, envoyée, comme à une sorte de travaux forcés, aux fabriques d'étoffes de pourpre de la Corne d'or ou de Thèbes. Ainsi que le remarque en plaisantant un poète du temps, Jean le Géomètre, on les forçait à confectionner la pourpre, qu'ils avaient prétendu porter.

C'est à la suite de cette campagne victorieuse que Basile, maître de la Bulgarie, poussa, par la Thessalie, jusqu'à Athènes, l'antique capitale alors très déchue, mais non oubliée et devenue un pèlerinage fameux, où, d'Irlande même, on venait adorer la Vierge du Parthénon. Un peu après, il soumit aussi la Croatie et l'empire byzantin atteignit le maximum de sa puissance.

La Bulgarie avait été vaincue par l'infériorité de son système féodal contre une armée régulière, beaucoup aussi sans doute par l'influence de l'or byzantin sur sa noblesse. Cette noblesse trouva sa place dans le

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