SOUMISSION DE LA BULGARIE
nouveau régime : Basile Fattira à Byzance par l'appât des titres et des dignités. En même temps, il organisa le pays comme une sorte de protectorat, de « terre d'empire », avec un régime spécial très indépendant, démantelant les forteresses, mais la faisant gouverner par des ducs ou provéditeurs, non par des préfets comme dans les provinces, ou des catépans comme en Italie. L'église resta nationale et bulgare sans être soumise à l'église grecque, du moins jusqu'à la grande révolte de 1040, qui amena la substitution de métropolitains grecs aux archevêques de race bulgare. Toute l'organisation du tzar Samuel fut maintenue et, notamment, la forme d'impôt : au lieu de payer en argent, le Bulgare continua à verser une mesure de blé, une mesure de millet et une cruche de vin par joug de bœufs.
La soumission de la Bulgarie aux Byzantins devait durer près de deux siècles, de 1018-1185. Elle ne fut cependant jamais aussi complète qu'une lecture rapide des* historiens le ferait supposer.
C'est ainsi que, dès 1040, on vit une insurrection triomphante arracher aux Byzantins, avec la Bulgarie, la Serbie, l'Illyrie jusqu'à Durazzo, la Thessalie, la Grèce même jusqu'à Thèbes, assiéger l'une des villes les mieux fortifiées de l'empire, Salonique et, succomber, après une longue lutte, par les dissentiments des chefs et la corruption de l'or byzantin plus encore que par la force des armes. Celte révolte célèbre fut commandée par Pierre dit Dolianos, qui se fit passer pour le descendant de Samuel, puis par un autre aventurier Tichomir et, finalement, par un neveu très réel du tzar Samuel, Alousianos, devenu en captivité fonctionnaire byzantin, un moment à la tète des Bulgares, puis de nouveau, après trahison, fonctionnaire de Byzance avec avancement.
On peut noter, dans cette campagne, le rôle des troupes russes et du chef norvégien Harald, qui eurent
la plus grande part dans la victoire des Byzantins à Salonique. Michel IV, ayant réduit les derniers défenseurs de la Bulgarie dans l'antique Prilapon en Macédoine, poussa jusqu'à Sophia et revint triompher avec un faste, qui eût, à lui seul, témoigné du danger couru.
Trente ans après, en 1074, nouvelle révolte, également sanglante, également domptée, sous Michel VII Parapinace (1071-1078).
Mais les Bulgares — et sous ce nom, il fallait alors comprendre aussi le pays qui est aujourd'hui la Serbie — restaient toujours des sujets indociles et d'humeur peu douce. Pendant toutes les croisades, où les armées chrétiennes suivaient la grande route naturelle, aujourd'hui encore marquée par la ligne de Constantinople, la traversée de la Bulgarie entre Belgrade, Nisch, Sophia et Philippopoli, fut. toujours la terreur des troupes latines, comme elle avait été déjà, depuis des siècles, celle des pèlerins en marche vers Jérusalem. C'est dans ce trajet que les compagnons de Gauthier sans Avoir et de Pierre l'Ermite subirent les pertes les plus fortes.
Durant cette période, les progrès du manichéisme en Bulgarie donnaient parfois, à ces querelles sanglantes, que le désordre des uns et la brutalité des autres eussent sufïi à expliquer, un prétexte religieux. C'est alors qu'il faut placer les persécutions contre les manichéens dont j'ai déjà dit un mot.
La révolte décisive de la Bulgarie contre Byzance finit par éclater en 1185 et aboutit à fonder, par une association momentanée des Bulgares aux Roumains, la dynastie dite asanienne ou valaquo-bulgare. A la tête étaient, avec Asan qui a donné son nom à la dynastie, Petar (Pierre) et surtout Calojan (Jean ou Joanice), que les Byzantins appelaient le chien de Jean, Syloïoannis. Des luttes de palais compliquées d'assas-