‹ La Bulgarie d'hier et de demainChapitre 25 sur 198 · PERIODE DES CROISADES · texte numérisé non relu

PERIODE DES CROISADES

sinats, analogues à celles qui avaient marqué la vie du fameux tzar Samuel ou encore à celles dont les tem ps mérovingiens nous offrent en France de si dramatiques exemples, mirent bientôt le pouvoir entier aux mains de Galojan, qui, s'étant déclaré habilement vassal de Rome, obtint dlnnocent III l'envoi d'un légat pour le sacrer roi de la Macédoine, de la Thessalie, des Bulgares et des Valaques. Il fonda Graïova (Krâl-Jov), capitale de la petite Valachie et, s'alliant à ses anciens ennemis, les Byzantins dépouillés en 1204 par les Croisés, déclara la guerre à Baudouin I«' qui l'avait traité en usurpateur ^

On vit alors une armée bulgare envahir l'empire affaibli par les querelles des Latins entre eux ou avec les Grecs (1205). En tête de ces troupes, que les chroniqueurs, non sans exagération sans doute, nous dépeignent formidables, et tout à fait disproportionnées avec celles des Latins, accouraient des Tartares ou Koumans pillards, dont les sacrifices humains aux idoles concordaient mal avec l'étendard de saint Pierre porté religieusement devant Calojan» Bientôt les Bulgares eurent pris et pillé Andrinople, que Baudouin, avec sa chevalerie française, essaya imprudemment de reconquérir. Dans une bataille désastreuse, on vit tomber morts le comte de Blois^ Etienne, comte du Perche, Renaud de Montmirail, etc., et Baudouin lui-môme, fait prisonnier, fut entraîné à Tirnovo, en Bulgarie, où il mourut dans des conditions mystérieuses, sur lesquelles s'est exercée la légende. A en croire Albéric de Trois-Fontaines, l'impérial captif aurait inspiré l'amour le plus violent à la femme

1. « Tous, dit Villehardouin (liv. IV), firent foi et hommage, fora seulement Joanice, roi de Valachie et de Bulgarie. Ce prince- là était un Bulgare qui s'était rebellé contre son père et son oncle aussi^ auxquels il avait fait par vingt ans la guerre, et avait tant conquis sur eux, qu'il s'était fait établir un fort riche et puissant État. »

de son vainqueur, qui lui aurait proposé de s'enfuir avec elle. Sur le refus vertueux de Baudouin, cette indélicate amoureuse aurait accusé l'amant réfractaire auprès de son mari et celui-ci l'aurait fait jeter, jambes et bras coupés mais encore vivant, dans un ravin, où il agonisa, dévoré vivant par les bêtes et les oiseaux, pendant près de trois jours.

Après quoi, les Bulgares poussèrent si loin leurs dévastations et leurs massacres qu'ils irritèrent une partie de leurs alliés grecs eux-mêmiBs et les amenèrent à former avec les Latins une alliance nouvelle. On leur attribue notamment le massacre de 20000 Arméniens, venus en Thrace avec leurs troupeaux et leurs familles, qui furent surpris sans défense. La lutte continua, pendant deux ans, dans le désordre des compétitions, des massacres et des pillages jusqu'à la mort subite de Calojan (1207). Celui-ci périt assassiné pendant le siège de Salonique, d'une mort que les Grecs hostiles attribuèrent à un miracle de saint Dimitri, patron de la ville, et les Bulgares désemparés se retirèrent de la Thrace.

A en croire nos chroniqueurs un peu vantards, les Bulgares auraient même été alors complètement vaincus et dispersés par Hehri de Hainaut, qui avait succédé à son frère sur le trône de Constantinople. Mais la politique des Latins paraît, à ce moment, avoir été plutôt faite de marchandages et d'épousailles que de combats et ce qui frappe surtout, quand on lit sans préjugés l'histoire compliquée de ces temps, c'est de voir les nombreux partis qui se disputent le pouvoir en Orient, rechercher tour à tour l'alliance des Bulgares et la payer tant en argent comptant qu'en mariages, pour lesquels l'orgueil des Latins et des Grecs savait oublier à propos son héréditaire mépris des barbares.

On voit, par exemple, l'empereur Henri épouser la

fille de Vorillas, roi des Bulgares (qui, suivant les Grecs, l'aurait empoisonné quelques années plus tard), le roi des Bulgares prendre pour lui la nièce de Tempereur et un de ses parents la fille bâtarde du môme Henri de Hainaut.

Un peu après, quand Robert de Courtenay, « seigneur de Couches et grand boutillier de France » , vint prendre possession du trône que Pierre de Courtenay, son père, dans un règne de trois ans, n'avait pu atteindre, son premier soin, en traversant le territoire bulgare, est de donner sa fille Yolande pour épouse à Azen, roi des Bulgares; « la jeune demoiselle pleura d'abord chaudement; mais elle se consola parce qu'Azen était fort et de bonne mine )».

Robert de Courtenay meurt, laissant un fils de neuf ans; aussitôt c'est encore à l'alliance bulgare que songent les barons ; ils veulent demander pour l'enfant une fille d'Azen ; ils se ravisent pour élire Jean de Brienne et c'est alors le prétendant byzantin Vatace, successeur de Lascaris, qui épouse la fille d'Azen et s'avance avec celui-ci jusqu'à Constantinople.

Malgré la déroute qui termina cette dernière expédition, ces seuls faits suffisent à prouver l'importance qu'avait reconquise alors le royaume bulgare : il donnait des ordres à Constantinople et, sans cesse, Andrinople, repris et pillé par les Bulgares, tremblait devant eux ! Dans le sens de l'ouest, un ennemi sérieux leur avait longtemps résisté, Théodore, le despote d'Epire; en 1231, celui-là aussi succomba...

Je me suis un peu étendu sur cette période de la cinquième croisade en raison des relations que l'histoire bulgare présenta alors avec la nôtre. Il serait trop long de suivre ainsi, pendant un siècle encore, cette histoire confuse des peuples en bouillonnement constant dans la marmite balkanique. Nous venons déjà de voir l'association des Valaques avec les Bul-

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