LA BATAILLE DE NJKOPOLIS
gares; un peu plus tard, c'est un Serbe, Constantin Tlech, qui monte sur le trône bulgare, puis un porcher moldave Corducuba, un Kouman Tester, enfin un fils de juive Sisman, jusqu'à la conquête du pays par les Ottomans, après la triste bataille de Nihopolis (un peu au nord de Tirnovo), en 1391.
Au sujet de cette dernière bataille, qui tient elle aussi è, notre histoire, il me suffira de rappeler comment les chevaliers français, le duc de Nevers, le comte de la Marche, le sire de Goucy, Guy de la Tremoille, le maréchal de Boucicaut, accourus au secours de l'empereur Manuel, arrivèrent en Serbie par la Hongrie et, laissant un peu à l'ouest la route ordinaire des croisades qui allait de Belgrade à Nisch, Sophia, Phillppopoli, Andrinople (exactement suivant la voie ferrée actuelle), s'avancèrent jusqu'à Nikopolis, dans un pays que Bajazet avait conquis par une campagne foudroyante.
C'est en assiégeant Nikopolis qu'ils s'attirèrent par leur imprudence la sanglante défaite dont se désola si longtemps la France de Charles VI. Bajazet accourut du sud au secours de la ville par quelqu'un des cols très nombreux en cette région dans les Balkans, défit les Français et fit massacrer 3000 prisonniers, gardant les chefs, pour la rançon desquels il fallut négocier une vaste opération d'emprunt international.
Enfin, c'est encore en Bulgarie que se livrèrent, en 1444, les derniers combats où se décida le sort de Byzance expirante. Ladislas, roi de Pologne, et Huniade, voïvode de Transylvanie, s'avancèrent une première fois jusqu'à Sophia pour revenir triompher à Bude et conclure avec le sultan Amurat une paix aussitôt violée. Dans une seconde expédition, ils vinrent à Varna, sur la mer Noire, se heurter aux Turcs et. furent vaincus; Ladislas succomba dans la bataille et,
neuf ans après, Mahomet II, successeur d'Amurat,. entrait à Constantinople.
jLa conquête turque^ c'est la nuit. Il se fait alors une coupure profonde, qui sépare deux mondes entièrement différents, le monde du passé et le monde moderne, deux phases presque sans rapport Tune avec l'autre. Cinq siècles d'oppression restent à peu près sans histoire; ou du moins cette histoire est pour nous sans grand intérêt. Les principaux faits que nous ayons à retenir, c'est, ici comme en Serbie, la conversion d'assez nombreux cFrélïëns à l'islam et, en même temps, la persistance d'une indépendance relative que le pays conserve sur certains points : restes de liberté très atténués, presque disparus en Bulgarie au moment du réveil définitif, demeurés au contraire fort importants en d'autres pays conquis comme l'Albanie.
Il serait curieux de faire une histoire de ces renégats (que ceux, auxquels ils viennent, appellent plus aimablement des convertis) et qui, par certaines qualités supérieures d'éducation et de race, ainsi que par leur fanatisme et leur zèle plus actifs, ont toujours joué un rôle important dans l'islam.
Un type assez original et imprévu, à retenir dans une telle étude, serait celui de ce Serbe du xiv« siècle, Marko Kraliévitch, demeuré si populaire et qui pourtant s'est battu du côté des Turcs.
Dans bien des points ainsi, la noblesse chrétienne, en se ralliant au vainqueur, réussit à garder ses places. Les sultans, trouvant là une hiérarchie tout organisée et un moyen d'administration facile, en profitaient, comme nous pouvons le faire dans des conditions analogues, en Annam, en Tunisie ou même en Algérie. Ces nobles gardaient d'ailleurs, en face de leur nouveau maître, la même indiscipline et le même irrespect qui caractérisèrent longtemps les seigneurs féodaux vis-à-vis des rois et, quand la légende mon-