LA CONQUETE TURQUE
trait le noble d'origine chrétienne tirant la barbe aii sultan, les paysans lui en savaient gré.
Pendant tout ce temps de la domination ottomane, la Bulgarie est surtout un lieu de passage et parfois de rencontre pour les armées russes et turques, dont Tincessante rivalité se traduit en incursions dans un sens ou dans Tautre. C'est ainsi qu'en 1713, ces mêmes plaines de la Dobroudja, qui avaient déjà vu passer tant d'armées, furent encore une fois traversées par la petite troupe de Charles XII, entraîné de force de son premier cantonnement de Bender (sur le Dniester à celui de Demotika, (au sud d'AndrinopIe). Nombreuses furent, dans le xviii^ siècle, les guerres de la Russie et de la Turquie, en 1711, 1739, 1774, 1791, .1807, où la Bulgarie se trouva souvent jouer le rôle de champ de bataille. '"^v.
L'asservissement de la Bulgarie avait été si complet \ qu'il semblait définitif. Sans doute, ainsi que je le \ raconterai tout à l'heure plus en détail, de temps à autre, il se produisait quelque révolte comme il y en \ a toujours en pays turc. Mais, jusqu'au grand soulève- j ment de 1876, les Européens les mieux informés sur / les choses bulgares émettaient des doutes sur l'éma^-^ cipation de ce peuple. A les entendre, le Bulgare n'éiait qu'un paysan madré prêt à renier tous les maîtres pour se tirer d'affaire, un rustre balourd et geignard, que faisait pleurer le coup de fouet dont un Serbe aurait rugi, un pacifique n'ayant d'autre idée en tête que son champ et sa femme ; on nous montrait, au moment des campagnes russes, les Bulgares peu empressés à suivre ces défenseurs encombrants tout en se déclarant leurs frères; enfin le manque de souvenirs légendaires, de littérature, d'histoire, paraissait les vouer à une longue sujétion.
Ce sont pourtant ces Bulgares qui, après avoir chassé le Turc, puis battu le Serbe, refoulent au^oux-
d'hui les Hellènes, critiquent justement les Roumains et révent, sans trop de présomption, à la < plus grande Bulgarie > comprenant la Macédoine. Il s*est produit là, sous nos yeux, un merveilleux réveil, qu'il me reste à raconter,. Jusqu'à l'émancipation de San Stefano en 1878.