‹ La Bulgarie d'hier et de demainChapitre 30 sur 198 · LE ROLE DES RUSSES · texte numérisé non relu

LE ROLE DES RUSSES

sent leurs tronçons épars ; les princes ou hospodars se déclarent rois; l'Europe proteste mais laisse faire; car elle a déjà à s'occuper d'une autre région, où cela devient grave et un cycle nouveau est accompli ; les libéraux de France et d'Angleterre peuvent se passionner pour de nouveaux clients à affranchir. ,

Toutes ces phases sont tellement réglées d'avance, qu'en appliquant sur des moyennes le calcul des probabilités, on pourrait presque dire d'avance en quelle année le prince de Bulgarie sera roi, en quelle année la Crète sera grecque, quand la Macédoine deviendra autonome, quand le soulèvement commencera en Thrace, etc.

Chemin faisant, ainsi que je l'ai déjà indiqué, la Russie, protectrice naturelle de tous ces nouveau-nés qui ouvrent successivement les yeux à la lumière, a profité de chaque baptême pour avoir son cadeau de marraine et s'arrondir. En 1774, c'est la Grimée; en 1812, la Bessarabie ; en 1829, les Bouches du Danube. Puis, après le recul amené par la guerre de Crimée, la la marche reprend ; en 1879, la Bessarabie est reconquise et, en même temps, la Russie passe le Caucase, elle a Batoum ; un peu plus tard, c'est Samarkande, Boukhara, Merv, la marche sur le Pamir; la Sibérie s'arrondit vers la Mandchourie ou la Corée, jusqu'au jour où la victoire du Japon rejette lés Russes d'Extrême-Orient en Orient.... Quelques faits, rappelés en deux mots, vont préciser cette histoire.

Le premier peuple de la péninsule balkanique qui ait été émancipé et celui qui, par cela seul autant que par la richesse de son territoire, se trouve le plus avancé et le plus prospère, est le -peuple roumain, ou, suivant les anciennes dénominations, le peuple moldo- valaque.

La situation des Roumains a toujours été un peu spéciale dans le Gouvernement ottoman et ils peuvent.

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avec quelque raison, soutenir qulls n*ont jamais été entièrement conquis.

Après avoir glorieusement défendu la chrétienté, la Roumanie, attaquée en tous sens par les Polonais, les Hongrois et les Turcs, a été sans doute soumise par les Turcs et même assujettie par eux au joug le plus dur; mais ceux-ci ne s'y sont jamais sentis complètement les maîtres; en terre roumaine, ils n'élevaient pas de mosquées, ils n'acquéraient pas de terre, et c'est par d'autres chrétiens, par des Grecs du Phanar, qu'ils faisaient exploiter et pressurer les chrétiens de Roumanie.

Au xviip siècle, ce gouvernement du Phanar s'est rendu tristement célèbre par ses exactions; puis la Russie a essayé de slaviser le pays en le détachant de la Porte. Dès 1774, au traité de Kainardji, la Russie s'était fait octroyer officiellement le droit d'intervenir dans les principautés danubiennes de la Moldavie et de la Valachie. Le traité d'Andrinople, en 1829, retira ' définitivement à la Turquie son droit de possession effective, ne lui laissant que sa suzeraineté et conféra à la Moldavie et à la Valachie des hospodars à vie, avec un semblant d'organisation, à caractère encore' très féodal, qu'on appelait le « règlement organique ». C'est la phase de l'autonomie vassale compliquée d'ingérence russe, après celle du contrôle européen. Mais il ne faut pas croire pour cela que le pays roumain fût, dès lors, arrivé au port; pendant plus d'un demisiècle encore, il a fallu qu'il fût déchiré par des luttes intérieures et des révolutions, troublé par les menées étrangères, tour à tour entraîné vers le libéralisme ou ramené violemment en arrière vers son régime féodal et, ce faisant, maintenu dans son vasselage, empêché de s'unir, avant qu'il ait pris entièrement conscience de sa force, conquis son unité, et acquis, sous le nom de royaume, son assiette définitive. Cependant la ten-

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