LE REVEIL BULGARE
de Berlin qui les donne à TAutriche ; pour le Monténégro, révolté à partir de 1852 sans avoir jamais été réellement soumis, encore déclaré vassal de la Turquie en 1862, malgré la protection de la Russie et seulement émancipé par la guerre de 1876-78 ; pour l'Égi/pfe,où la révolte de Mehemed Ali, en 1831, aboutit bientôt à l'autonomie contrôlée par l'Europe, puis à la prise de possession anglaise; pour Samos, qui s'insurge dès 1830 et, en 1832, devient principauté vassale sous la garantie de la France, de l'Angleterre et de la Russie ; pour la Crète, où les révoltes se multiplient à partir de 1866, favorisées par la Russie et n'aboutissent qu'en 1897, après trente ans d'anarchie, à une autonomie, qui n'est pas encore ofliciellemcnt transformée en une réunion à la Grèce.
Sans doute, le mot si souvent cité de Chateaubriand sur le retour des Turcs en Asie ne s'est pas réalisé aussi vite qu'on aurait pu le croire et l'agonie de € l'homme malade » se prolonge ; il faut pourtant une foi bien robuste dans les fictions diplomatiques pour soutenir que l'intégrité de la Turquie n'a jamais subi d'atteinte, même et surtout dans tous les beaux congrès successifs où on Ta si solennellement placée sous la garantie générale des puissances européennes, en 1856 à Paris et en 1878 à Berlin, en même temps qu'on la déchirait lambeaux par lambeaux.
L'histoire du réveil bulgare, solidaire de tous les précédents, ne fait, comme je l'indiquais déjà plus haut, que reproduire ces mêmes étapes.
Longtemps, je l'ai dit déjà, la nationalité bulgare avait été complètement oubliée ; plus que partout ailleurs, les Turcs semblaient s'être assimilé ce peuple laborieux et paisible, que l'on jugeait un peu inerte : peuple de paysans isolés dans leurs fermes, n'ayant pas, comme les marins ou les commerçants de Grèce, comme les jeunes gens européanisés de Roum^ivi^^da
contacts les uns avec les autres, de communications avec l'Europe et, par conséquent, d'occasions de se réunir. Tandis que les Grecs et les Serbes, peuples plus lettrés, plus poètes, avaient conservé leurs traditions, leurs légendes, leurs vieilles épopées, où revivaient l'antiquité glorieustî, le moyen âge héroïque, les Bulgares avaient tout oublié. Un peu plus d'habileté de la part des Turcs, en favorisant les rares éléments actifs et agissants du pays, en attribuant aux jeunes gens des places de fonctionnaires comme on l'a fait pour les Albanais ou les Arméniens, eût peut-être retardé de longtemps l'heure de l'émancipation.
On- rattache le réveil de la Bulgarie aux efforts d'un simple moine de l'Athos, Paisy, qui, vers 1762, écrivit une histoire slovène bulgare des peuples, des tzars et des saints de la Bulgarie : « J étais, écrivait-il, dévoré de regrets et je pleurais sur mon peuple bulgare... Souvent les Grecs et les Serbes nous insultaient en disant que nous n'avons pas d'histoire... Alors j'ai réuni à grand'peine les souvenirs de plusieurs siècles ensevelis et oubliés. »
Au début du xix« siècle, ce mouvement s'accentua, favorisé par la Russie, sous la forme d'un travail d'érudition et de restauration historique, poursuivi par les universités russes. Mais les Bulgares de ce temps faisaient encore cause commune avec les Grecs, et c'est pour soutenir ceux-ci dans leur grande guerre de l'indépendance qu'on les voit, vers 1820, commencer une première insurrection.
Cette révolte, malgré la réputation de pacifisme qu'on a faite longtemps aux Bulgares, devait être suivie de beaucoup d'autres. Il y en eut une assez sérieuse en 1841. A la fois, les chrétiens opprimés se rebellaient partout dans la Turquie : en Syrie, en Macédoine, en Crète ; ceux de Bulgarie suivirent, mais leur gouverneur Mustapha Pacha, opposant aux mécon-