‹ La Bulgarie d'hier et de demainChapitre 33 sur 198 · LA GUERRE DE CRIMÉE · texte numérisé non relu

LA GUERRE DE CRIMÉE

tents les féroces Ârnautes, brigands albanais, parvint assez facilement à les dompter.

Depuis lors, le foyer latent d'insurrection devait toujours couver en Bulgarie, comme il existe dans toutes les autres provinces chrétiennes de Tempire ottoman. Il est inutile de dire que la Russie favorisa de toutes ses forces le mouvement et que ses subsides, en permettant l'éducation des jeunes gens bulgares dans les écoles russes, puis en déterminant la création d'écoles bulgares, plus tard, celle d'une église bulgare, sans compter les introductions d'armes dans le pays, a beaucoup contribué à la série de mouvements, qui ont amené son intervention finale en 1878 et l'émancipation définitive.

Dès le 20 février 1853, l'empereur Nicolas, dans une des premières escarmouches diplomatiques qui précédèrent la guerre de Crimée, mettait la Bulgarie en avant : « Les Principautés, disait-il à l'ambassadeur d'Angleterre, sont de fait un Etat indépendant sous ma protection; c'est une situation qui peut continuer. La Serbie pourrait recevoir une forme de gouvernement analogue ; la Bulgarie de même ; il n'y a pas de~ raison que je sache pour empêcher de faire de ce pays un Etat indépendant! » Et, en échange, il offrait aux Anglais l'Egypte, faisant allusion d'autre part, aux visées de la France sur la Tunisie, c'est-à-dire qu'il formait à peu près le programme de partage, réalisé plus tard et seulement empêché un moment par une guerre aussi maladroitement commencée qu'inutile.

Pendant toute cette année 1853, la Bulgarie semble devoir être le théâtre des hostilités, et, au mois de juin, l'occupation de Varna par les alliés, que prolongèrent trois mois les hésitations, le désordre et les horreurs du choléra, attirèrent l'attention sur ce pays. Puis, l'armée anglo-française partit pour la Crimée et, dans le traité de 1856, la Bulgarie, que sa protectrice ne pouvait

plus défendre, se trouva nécessairement oubliée. Mais ce n'était pas pour bien longtemps.

En 1860, Tannée même où eurent lieu les fameux massacres de Damas, qui amenèrent Toccupation française de la Syrie, on voit les Bulgares du nord commencer à s'agiter, à protester contre les abus, entre Silistria et Routschouk, entre Ghoumla et Varna. L'année suivante, les troubles continuent, accentués par la déportation en Bulgarie des Tartares de Crimée, qui entraîne la fuite des Bulgares persécutés çn Serbie. Le groupement des Bulgares en nation se fait, comme toujours en Turquie, sous la forme de communautés religieuses. Et, cette même année 1861, a lieu un événement, dont les conséquences;" si 'lâT" cour de Rome avait pu se montrer plus souple, auraient été, sans doute, considérables. Les Bulgares, voulant se. libérer en religion de la suprématie grecque, pour avoir une religion nationale qui leur permit de se constituer en nation et ne pouvant encore créer l'église bulgare, s'adressent à Rome, où l'archimandrite Jocolski (ouSobolski) va négocier la conversion des Bulgares au catholicisme tout en conservant leurs rites. Les négociations semblent un moment avoir abouti, mais se terminent par une rupture.

Les années suivantes, les Russes font entrer des armes en Bulgarie par la Roumanie ; les Serbes aident d'autre part. L'agitation, d'abord calmée, reprend de 1866 à 1868, paraissant un moment tendre à la réunion avec la Roumanie sous la forme d'un grand empire daço-roumain. Quand la conférence de Paris se réunit en 1869, les Bulgares implorent d'elle l'autonomie.

L'agitation religieuse setraduit alors dans les synodes de Saint-Pétersbourg, puis de Constantinople, où les Bulgares demandent à être rendus indépendants du patriarche grec de Constantinople (cette éternelle

Page 1