LA REVOLTE DE
question des exarchats, dont nous avons vu récemment la fin.) Trois ans, les négociations continuent. Enfin, le 24 avriH872^rambAasadeur de Russie à Cons-
Tântinôple eCétant- décidé. . à. faire pencher vers les I5uigareslaj)alance jusque là maintenue en équilibre
* entrer HûTgares et Grecs, les Bulgares obtiennent le droit' dS choisir un exarque, c'est-à-dire l'indépendance de leur église nationale.
A ce moment, le mouvement national est bien lancé ; les jeunes gens de Bulgarie, qui ont été étudier au séminaire bulgare d'Odessa, à Moscou, ou dans les universités d'Europe, en reviennent décidés à s'affranchir par la force; la Russie est là toute prête, encourageant; la Roumanie, qui ne s'imagine pas encore jouer un jeu de dupe, favorise de son côté et c'est ainsi qu'en 1876 éclate, à la suite du soulèvement de l'Herzégovine, la grande insurrection, férocement réprimée, donfla conséquence fut la guerre russoturque de 1878 et, finalement, l'émancipation^ bulgare. De cette époque si voisine de nous, j'ai pu entendre parler par des hommes, qui, jeunes gens alors, y ont joué un rôle actif. Parmi les agents les plus efficaces de l'insurrection, beaucoup avaient pris, sur les lignes de chemin de fer, des postes d'employés ou de chefs de gare, qui leur permettaient d'exercer leur propagande dans le pays sans être trop immédiatement suspects. Quand ils étaient dénoncés, c'était la mort. L'un d'eux, qui dut seulement son salut à l'opportune intervention des députés européens, me parlait en souriant de ce qu'il appelait ses folies de jeunesse; tout en plaisantant sur ses enthousiasmes passés, il eut un mot d'instinct, qui, précisément parce qu'il était dit sans affectation, sans prétention, du bout des lèvres, sonnait son héroïsme : « Nous avions, dit-il, entièrement sacrifié notre vie, qui nous était devenue indifférente à un point que vous ne sauriez imaginer : je me
préparais à être pendu, sans autre souci que de Tôtre sur une place assez grande pour lancer mon petit discours et nous nous répétions tous Tun à l'autre — est-on fou quand on est jeune? — le mot de Mazzini : « Il faut du sang humain pour arroser et faire croître l'arbre de la liberté. »
Ce que fut alors l'horreur de la répression turque, nous avons pu en juger plus récemment par les abominations commises en Arménie. Le sultan lança en Bulgarie ses hordes habituelles de bachibouzouks, d'Albanais, de Circassiens, qui pillèrent, brûlèrent, saccagèrent, massacrèrent enfants et femmes. Un rapport officiel d'un consul américain évalue à 15000 le nombre des malheureux égorgés en quelques jours et à 70 le nombre des villages détruits.
La mesure était comble et de ces atrocités sortit l'intervention russe, avec la guerre sanglante que terminèrent en 1878 les traités de San Stéfano et de Berlin.
Toute cette histoire-là encore est bien proche dé nous; les faits principaux en sont présents à toutes les mémoires; mais quel intérêt nouveau prend le récit d'une campagne quand on en a, comme nous le ferons bientôt, parcouru en tous sens le théâtre! Nous suivrons bientôt les armées russo-bulgares dans ces plaines de la Dobroudja, sur ces routes du Déli-Orman, sur ces cols des Balkans, vers ces retranchements de Plevna, où se sont déroulés tour à tour les épisodes de cette guerre et nous en verrons alors le cadre pittoresque en insistant sur quelques épisodes.
Une nomenclature de noms et de dates, si aride qu'elle puisse sembler, est auparavant nécessaire^. On verra à quel point, en en lisant les étapes diplomatiques, il semble lire l'histoire actuelle de la Macédoine.
1. Je laisserai de côté toute la partie asiatique de la campagne, siège de Kars, campagne d'Arménie, etc., qui ne nous intéresse pas ici.
bo ce
C'est au mois d'août 1875 que commence le premier bouillonnement de la péninsule balkanique; l'Herzégovine se soulève contre les percepteurs turcs, encouragée par la Serbie, le Monténégro, la Russie, puis semble s'apaiser à l'hiver faute de soutien effectif.
L'Europe s'interpose alors pour maintenir la paix en obtenant de la Turquie des réformes. Mais, au printemps suivant, toutes les nationalités s'agitent; la conférence de Berlin, entre les représentants des trois empires russe, autrichien et allemand, n'aboutit qu'à des projets, ou, tout au plus, à des menaces contre la ^ Turquie. Au mois de juillet, la Serbie et le Monténégro 1 déclarent la guerre, en~lnême temps que la Bulgarie I se soulève et que la Russie envoie ostensiblement des armes. Mais les Bulgares sont massacrés et les Serbes vaincus; en novembre 1876, la paix semble rétablie; l'Europe a impose un armistice à la Turquie et réunit à Gonstantinople une conférence, qui, pareille à toutes les autres, passées, présentes, ou à venir, se laisse berner par le Turc pour aboutir à un refus quand il s'agit nettement de commission internationale et de gendarmerie européenne. La diplomatie agit confusément dans le vide pendant tout l'hiver sans aboutir àV rien et, le 24 avril 1877, les Russes, alliés aux Roumains, franchissent la frontière de Roumanie ; la guerre est déclarée à la Turquie : une guerre, qui va se prolonger un an entier jusqu'au traité de San Stéfano.
A leur entrée en campagne, les Russes avaient, sur la frontière, 220000 hommes, qu'ils avaient mis cinq mois à mobiliser. La Turquie, comptant sur l'Europe et particulièrement sur l'Autriche, n'était pas prête. On s'attendait à une campagne foudroyante. Cette campagne se déroula, au contraire, avec la même lenteur, la même imprévoyance et le même désordre dont la guerre japonaise vient de donner une nouvelle preuve. Entrés en Roumanie le 24 avril avec l'appui
LA GUERRE RUSSChTURQUE. 83
des Roumains, c'est seulement du 20 au 24 juin que les Russes franchirent le Danube. A cette époque, la Turquie avait une flotte qui tenait la mer Noire. La présence de cette flotte et l'existence d'un quadrilatère fortifié Routschouk-Silistria-Choumla- Varna dans la Dobroudja^ avaient empêché de suivre cette route habituelle des invasions, bien que, dès la fin de mai, le Bas-Danube fut tombé entre les mains des Russes. Sauf un corps d'armée, celui de Zimmerman, lancé comme diversion dans la Dobroudja roumaine, l'ensemble des troupes avait dû se reportej plus à l'ouest et c'est entre Simnitza et Sistov, à l'ouest de Routschouk, que s'effectua, d'ailleurs sans aucune difficulté, sous la direction de Dragomiroff, le passage du Danube. Une fois sur la rive droite, la route directe vers Constantinople était celle qui, par Tirnovo et les divers cols de la région charbonneuse de Radevtsi que nous explorerons bientôt, descend vers leni-Zagora et Andrinople. Les Turcs, encore plus lents que les Russes, n'avaient pas achevé leurs préparatifs et se bornaient à attendre, soit dans le quadrilatère, soit dans les Balkans. En outre, les Russes méprisaient leurs adversaires, avec une exagération qui leur est trop habituelle. Un moment, l'offensive prit alors l'activité que l'on avait espérée dès le début. Le 7 juillet, les Russes étaient à Tirnovo : ils y transportaient aussitôt la capitale de la Bulgarie (auparavant à Routschouk pour le vilayet du Danube) et s'occupaient d'organiser la province. Le 17 juillet, les têtes de colonnes, avec le général Gourko, ayant franchi les Balkans sans difficulté par le col de Haïnkiou, occupaient Kasanlik et bientôt elles arrivaient à leni-Zagora et lamboli, par
1. Ce quadrilatère date de 1822. Parmi les nombreuses attaques qu'il a subies, on peut citer : pour Ghoumla, celle de 1828; pour Silistria, celle de 18554
une sorte de raid, très aventureux, semblable à une fantasia brillante.
En même temps, le gros de Tarmée avec Radetsky avançait de Tirnovo à Gabrovo et enlevait le 18 le col de la Schipka. Les passages des Balkans étaient aux Russes, Constantinople semblait perdue.
C'est alors que l'aspect de la campagne se retourna et parut un moment fort inquiétant pour les Russes. En arrière de leur marche trop hardie ou plutôt très inconsidérée, les Turcs, arrivant de Test et de l'ouest, s'étaient resserrés comme deux pinces : à Test, Eyoub pacha parti de Routschouk et des bords du Lom; à l'ouest, Osman pacha arrivant de Vidin (à la frontière serbe) avec des renforts appelés de Sophia. En avant, ou sur le côté, d'autres armées turques s'ébranlaient. Sulciman pacha, rappelé de la frontière du Monténégro avec 30000 hommes, était bientôt à Ândrinople, puis à Karabounar face à Gourko qui dut reculer de Karabounar à Eski-Zagora où l'on se battit trois jours, puis à la passe de la Schipka furieusement attaquée du côté sud. A l'est, les troupes de Méhemet Âli et de Fuad pacha étaient rangées à la limite de la Dobroudja et du Déli- Orman entre Rasgrad et Osman>Bazar. Les Russes, bien que maîtres encore des Balkans, se trouvaient enveloppés sur trois côtés et forcés de se réduire à une sorte de défensive en Bulgarie : luttant à Test contre les troupes du quadrilatère, au sud se maintenant non sans peine sur la Schipka, à l'ouest enfin arrêtant Osman pacha à Plevna et essayant de l'y écraser.
Bientôt tout le sort de la campagne se concentra sur ce seul point de Plevna,, où Osman pacha s'était fortifié et oùl'àrmée du grand-duc Nicolas l'attaquait, avec une témérité aussi désastreuse que maladroite et vaine.
En arrivant aujourd'hui à cette ville militairement si fameuse, celui qui n'est pas spécialiste en fait de tactique éprouve une certaine surprise. Sur ce grand