‹ La Bulgarie d'hier et de demainChapitre 35 sur 198 · LE SIEGE DE PLEVNA · texte numérisé non relu

LE SIEGE DE PLEVNA

plateau à peine ondulé, sans lignes de collines accentuées, cette petite ville tranquille ne semble pas avoir été destinée par la nature à former un de ces points de retranchement, une de ces places fortes, que Ton s'imagine plus volontiers, comme dans l'histoire antique, sous la forme d'un oppidum fortifié au sommet d'une montagne, d'une Gergovie, d'une Alésia, d'une Acropole quelconque, ou, tout au moins, dans l'histoire plus moderne, à l'état d'une citadelle entourée d'une ceinture de forts.

Plevna devait son importance stratégique à sa position sur la rencontre des deux lignes de Vidin et de Sophia, par lesquelles Osman pacha, assiégé mais non investi, pouvait se ravitailler, d'autant plus que les Russes n'eurent même pas l'idée d'employer leur cavalerie à couper ses interminables convois de 8 à 10000 chariots à bœufs faiblement escortés. Je n'ai pas à décrire ici les célèbres lignes de retranchements rapidement improvisées, devant lesquelles périrent tant de Russes, surpris par l'armement remarquable et par l'organisation militaire imprévue des Turcs. Le 31 juillet, c'est une première bataille où tombent 8 000 Russes ; le 11 septembre, dans une attaque acharnée de Skobelef, il en meurt encore 15000. Alors seulement, on se résigna à transformer ces inutiles assauts en un investissement méthodique, conduit par l'illustre Totleben, le défenseur de Sébastopol : véritable siège, qui devait seulement aboutir, au bout de cinq^mois, en décembre, après avoir fait perdre aux Russes 50 OOÔ hommes contre un adversaire qui n'en avait que 30000.

Ces mois d'automne, où la campagne tirait en longueur, ont laissé un triste souvenir : pluies constantes ; neige dans les Balkans; la Bulgarie transformée en un marécage; discussions entre les alliés russes, bulgares et roumains; inaction des amis serbes et grecs,

qui, avant de se mettre en marche, attendaient, de peur d'un faux départ, l'arrêt de la fortune. Il faut avoir en effet, comme nous le ferons bientôt, parcouru ces régions du plateau prébalkanique après une saison pluvieuse pour concevoir les difficultés auxquelles des armées devaient se trouver exposées dans un pays à peu près sans route, où, même en temps ordinaire et sans passages d'armée, l'on se trouve bientôt enlisé, incrusté au fond de la boue.

Dans cette période du siège de Plevna, un épisode est à retenir, parce qu'en dehors de son intérêt propre, nous aurons à en parcourir le théâtre, c'est la pointe que fit en novembre Suleimàn pacha pour débloquer Plevna. Tandis que Méhemet Ali tentait de son côté vainement d'y arriver par Sophia, Suleimàn pacha, plus heureux, put, de Choun^la, pousser jusqu'à Ëlena, à quelques kilomètres de la route de Tirnovo, centre des opérations russes et enlever à Elena des Russes qui ne se gardaient pas^

La reddition de Plevna arrêta du coup la campagne ; les Turcs durent se concentrer dans le quadrilatère et autour d'Andrinople ; à la Schipka, 40 de leurs bataillons furent pris dans un coup de filet. En janvier, les Russes étaient à Sophia, à Kasanlik ; au début de février, à Philippopoli. Enfin, le 3 mars 1878, en pré^| sence de la flotte anglaise mobilisée* dans la mer de : Marmara, les Russes, arrêtés à San Stéfano aux portes mêmes de Constantinople, signèrent avec les Turcs | un traité, qui, si on l'eût moins maladroitement corrigé { à Berlin, aurait évité bien des difficultés actuelles. ;

Par ce traité, qui forme la base de l'histoire bulgare contemporaine, la base aussi de ses ambitions pour l'avenir, était constituée une « grande Bulgarie * allant jusqu'à la mer Egée au golfe d'Orfano, presque aux

Page 1