ET LE PLATEAU DE PLEVNA-TIRNOVO
Un pays en longueur. — Danube, Balkans et Rhodope. — L'influence de la géologie sur la géographie physique. — Les divisions naturelles du pays. — Le Danube et ses villes principales. — Le rôle du fleuve : chemin et barrière. — La navigation fluviale. — Routschouk et les relations avec la Roumanie. — Sillstria et ses sièges. — L'ouest du plateau prébalkanique. — La sortie des gorges de risker. — Plevna et sa défense en 1878. — Timovo^ la capitale du moyen âge.
APRÈS le résumé sommaire qui vient d*étre tracé de l'histoire bulgare, nous pouvons maintenant aborder la description générale du pays, prêts à recueillir au passage les souvenirs de tous genres qu'évoque l'aspect physique de la terre en des lieux où tant de siècles fortement empreints d'humanité, tant de races et tant de conflits entre les peuples ont laissé leur mémoire. Cette description ne saurait avoir la prétention d'être méthodique et exactement proportionnée à l'importance des régions étudiées. Mes voyages à travers la Bulgarie, tout en couvrant une grande étendue de son territoire, se sont pourtant concentrés spécialement sur quelques régions, au sujet desquelles je puis apporter des impressions personnelles et précises avec des observations nouvelles ;
c'est de celles-là qu'il sera surtout question et je ne parlerai des autres, où je n*ai pas encore eu l'occasion de voyager jusqu'ici, comme le Rhodope, que d'une façon tout à fait accessoire et seulement pour en indiquer le caractère général.
Une description semblable, appliquée à tout un pays politique, présente d'habitude certaines difficultés de classement, quand celui-ci est étalé, au hasard des montagnes et des plaines, en organisme amorphe et hétérogène, comme l'Autriche-Hongrie oul'Allemagne ; l'ordre à suivre peut également rester discutable dans un cas comme celui de la France, où la structure du relief semble présenter l'harmonieux équilibre, les éléments de symétrie, les groupements géométriques d'un polyèdre cristallin. Pour la Bulgarie,^ les divisions naturelles s'imposent, au contraire, de suite. Le premier regard jeté sur la carte montre, en effet, le pays divisé en deux longs compartiments Est-Ouest, que limitent trois barrières à peu près parallèles, le Danube, les Balkans, le Rhodope ; on a là cette particularité de régions naturelles toutes en longueur, suivant lesquelles les déplacements se sont toujours effectués avec la plus grande aisance, tandis que, de l'une à l'autre, l'obstacle d'un fleuve ou d'une montagne avait établi de bonne heure ces démarcations entre les races, d'où ne peuvent manquer de naître les hostilités.
Entre ces barrières successives qui séparent l'une de l'autre la Roumanie, la Bulgarie, la Roumélie orientale et la Turquie, ou, d'après les anciennes dénominations, la Dacie, laMœsie et laThrace, la première est certainement la plus sérieuse. De tout temps, cet immense fossé, dans lequel coule, sans hâte mais sans repos, la masse imposante du Danube fauve, a constamment arrêté, dans un sens ou dans l'autre, la marche des envahisseurs et nous avons vu combien, au cours de l'histoire, cette limite politique s'était