‹ La Bulgarie d'hier et de demainChapitre 38 sur 198 · LA BULGARIE PHYSIQUE. U · texte numérisé non relu

LA BULGARIE PHYSIQUE. U

ordinairement imposée aux peuples, en même temps que les villes fortifiées se regardaient sans cesse menaçantes de Tune à l'autre rive :

« Belgrade et Semlin sont en guerre...

On ne peut, le ciel me soutienne !

Dormir un siècle sans que vienne Vous éveiller d'un bruit jaloux Belgrade ou Semlin en courroux 1 »

comme dit le poète des Orientales,

En regard de ce Danube, si nettement coupé, si difficilement franchissable sous les traits ou le tir de l'ennemi, la barrière des Balkans n'a peut-être pas l'importance prédominante qu'on serait tenté de lui attribuer en pensant aux Alpes ou aux Pyrénées. Ces Balkans si fameux n'apparaissent en réalité que comme de très hautes collines; les pentes en sont douces, les vallées faciles, les cols nombreux; quelques-uns de ceux-ci sont tels qu'on les passe sans en avoir conscience, tant l'orographie de la chaîne est confuse et la ligne de crête distincte de la ligne de partage des eaux. Cependant, d'un versant à l'autre des Balkans, il y a presque toujours eu, comme d'une rive à l'autre du Danube, deux peuples distincts, ayant différemment subi le joug des invasions suivant qu'elles arrivaient du nord ou du sud. Pendant l'antiquité, la Bulgarie du sud a été plus grecque, puis plus romaine; elle a été ensuite plus turque que celle du nord, où les foyers d'indépendance se sont plus aisément maintenus intacts contre les attaques des méridionaux. La Bulgarie du nord a été, au contraire, plus livrée à ces barbares septentrionaux, qui, dans la suite, ont formé les races nationales. C'est au nord qu'est la vieille capitale bulgare Tirnovo ; au sud, est la ville hellénisée de Philippopoli. A l'ouest, Sophia participe des deux caractères, grecque par ses relations faciles avec

Andrinople, anciennement bulgare par sa position au débouché de la grande vallée de Tlsker.

Cette limite des Balkans, on sait que, pour les diplomates, elle sépare toujours deux pays disjoints. La distinction aujourd'hui est subtile et le Bulgare du sud ne diffère de celui du nord que comme le méridional français peut se distinguer du septentrional. Mais la Bulgarie n'en est pas moins comparable à un appartement en longueur, dans l'axe duquel il y aurait une cloison jusqu'à hauteur d'homme. Imaginez un pays formé des Pyrénées, avec la vallée del'Ebre d'une part ; de l'autre, celles de l'Aude et de la Garonne.

Enfin, au sud, la limite de la Bulgarie est beaucoup moins bien marquée par le Rhodope, dont les chaînes s'infléchissent et s'incurvent fortement au sud-est, livrant passage à laMaritza et à la Toundja et laissant, par leurs vallées, la Bulgarie communiquer librement avec la dépression d'Andrinople, les plaines de Démotika ou de Dedéagatch et toute la Thrace jusqu'à Constantinople. A l'ouest, le Rhodope se rapproche des Balkans, avec lesquels ses chaînons semblent prêts à converger; ou plutôt toute une série de rides sinueuses, et par endroits très compliquées, commencent à la Stara-Planina des Balkans pour se propager, dans l'ouest, à travers la haute Macédoine et l'Albanie vers l'Adriatique. De ce côté l'on atteint bientôt les pays sauvages, sur lesquels règne encore, pour le moment, la Turquie, mais qui, un jour ou l'autre, ne pourront manquer de s'en détacher pour constituer quelque groupement monténégrin, albanais, macédonien, encore inconnu.

Ces grandes divisions naturelles, qui s'indiquent si bien en Bulgarie, procèdent directement de la géologie et j'aurai Toccasion d'insister sur ce point quand nous entrerons dans le détail. La géographie est, en effet, je n'ai pas besoin de le remarquer, directement fonction

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