‹ La Bulgarie d'hier et de demainChapitre 42 sur 198 · SI LI STRIA · texte numérisé non relu

SI LI STRIA

laissera bientôt sans regret tomber dans une indifférence nouvelle quand on en sera sorti par une frontière de plus.

En aval de Routschouk, Silistria, qui eut historiquement une importance presque égale, qui fut même aux temps romains plus considérable, est aujourd'hui singulièrement déchue et languissante. Les traités, qui ont partagé la Dobroudja de la façon la plus arbitraire entre la Roumanie et la Bulgarie, ont relégué cette pauvre ville tout au fond du pays, dans un coin, dans un cul-de-sac, qui s'est même transformé en une enclave depuis que les Roumains, profitant de la guerre serbo-bulgare, ont, sans crier gare, occupé les collines voisines. A partir de là, la frontière, que nous aurons Toccasion de suivre dans un autre chapitre ^ est tout simplement marquée par le tracé d'une grande route. Les bornes kilométriques alternent avec les bornes frontières : les premières marquant le besoin naturel aux peuples de communiquer entre eux, de faire des échanges; les secondes accusant leur habitude non moins invétérée de se tirer à l'occasion des coups de fusil. On ne saurait imaginer plus saisissante mise en lumière de ces principes fictifs, qui ordonnent à des hommes semblables de race et parlant même langue, parce que leurs maisons se trouvent bâties sur deux côtés différents d'un chemin, de se haïr, de se menacer, de se tourner le dos et de s'opposer un mutuel patriotisme également belliqueux.

Le rôle historique de Silistria est moins un rôle commercial qu'un rôle militaire : ce qui explique sa décadence. Silistria se trouve à peu près au coude du Danube, au point où la Dobroudja, jusque là resserrée sur 50 à 100 kilomètres entre le Danube et la mer Noire, s'élargit, s'étale vers le sud-ouest et passe au

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plateau du Déli-Orman. La Dobroudja bulgare, que nous visiterons, ce n'est pas, en réalité, la vraie Dobroudja, le pays pestilentiel et marécageux, qui si longtemps servit de poste avancé aux barbares ou de zone défensive aux Européens, la Petite Scythie de l'antiquité. Un peu avant d'atteindre la frontière bulgare, la Dobroudja, qui s'est élevée progressivement dans le sens du sud, à partir du Danube, est déjà débarrassée de ses marais et, continuant à monter toujours, va bientôt arriver aux falaises de Baltschik et de Varna, où l'on domine de 200 mètres la mer Noire. Cette Dobroudja méridionale, que l'on aborde ainsi en grimpant quand on envahit la Thrace par le Danube, ce grand plateau doucement ondulé, dont la pente générale est vers le nord, se trouve donc tout naturellement indiqué pour un camp retranché destiné à protéger Byzance ou Gonstantinople contre les incursions venues de Russie par les bouches du Danube et partout ailleurs arrêtées par le fleuve. Là fut autrefois le mur de Trajan entre Tchernavoda et Gonstantza; là encore, au xix» siècle, se hérissa de canons le célèbre quadrilatère Silistria-Varna-Routschouk-Ghoumla, auquel Silistria servait de point d'appui sur le Danube.

Entrant par là en Bulgarie il fallait, sous peine de laisser en arrière un ennemi redoutable, prendre d'abord Silistria; avant de sortir, c'était à Silistria qu'on épuisait sa dernière défense. D'où tous les sièges que cette ville a subis, depuis le temps de Trajan qui l'avait appelée Durostorum et le moyen âge où elle devint Dorystolon jusqu'aux âges modernes où elle prit le nom de Silistria, après avoir passé par Dristria pour les Russes et Dertser pour les Bulgares.

J'aidéjàrappeléprécédemment^ l'un des plus fameux

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