LES SIEGES DE STUSTRIA
et des plus pittoresques entre tous ces sièges, celui de l'an 972, où l'élégant Arménien devenu empereur de Byzance, Jean Tzimiscès attaqua Sviastoslav, le tzar russe de Kiew, qui venait de conquérir la Bulgarie, et j'ai dit alors, d'après M. Schlumberger, le tableau que devait présenter, pendant ce temps, la ville du moyen âge, avec le contraste des troupes russes et byzantines, des longues barques creusées dans un tronc d'arbre et des élégantes galères aux voiles de pourpre.
Jean Tzimiscès, ayant repris et saccagé l'antique capitale bulgare de Péréiaslavets (aujourd'hui Preslav ou Ëski Djoumaya), s'était avancé, par Choumla et le Déli-Orman, vers Silistria, où le chef russe Sviatoslav avait concentré ses dernières troupes. A la nouvelle de son approche, comme les auxiliaires bulgares commençaient à déserter son armée, Sviatoslav, pour réveiller leur sympathie, en fit arrêter et charger de chaînes quelques milliers. Tous les Boliades, ou nobles Bulgares, qu'il put saisir, furent décapités au nombre de trois cents. Quand l'armée des Byzantins déboucha au-dessus de Silistria, sans doute par la route directe qui vient d'Akkadanlar, le basileus trouva, en face de lui, les Russes massés, suivant la coutume Scandinave, en une seule immense phalange, qu'une ligne ininterrompue de boucliers hérissée de lances protégeait comme une muraille métallique. Tout un jour,les Russes; résistèrent aux Byzantins, accablés seulement à la nuit close par l'héroïsme belliqueux de ces Arméniens, aujourd'hui considérés trop souvent comme une race sans valeur et sans courage et qui, pendant tout le moyen âge, fournirent les meilleurs soldats de l'Orient.
Les Russes s'étant retranchés dans la ville, le siège commença. Le camp byzantin était sur le même mamelon où, huit siècles plus tard, dans les trois sièges de 1773, 1809 et 1829, les Russes devaient établir leurs batteries. La flotte, arrivée par le Danube sous
la conduite du drongaire Léon, avec son terrible feu grégeois, barrait le fleuve en aval, bloquant les Russes et leur enlevant tout espoir de fuite. Longtemps, avec des alternatives d*assauts repoussés et de sorties maiheureuses, le siège se poursuivit, peu à peu transformé en un blocus de plus en plus étroit. Enfin une dernière bataille, où les saints mégalomartyrs eux-mêmes accoururent au secours des Byzantins, finit d*accabler les Russes. S'il fallait en croire les chroniqueurs, on aurait ramassé ce jour-là, sur le champ de bataille, 20000 boucliers, avec une masse énorme d'épées. Sviatoslav, se reconnaissant vaincu, envoya demander la paix, offrant d'abandonner la Bulgarie et de regagner son pays avec les 22000 guerriers qui iiii restaient, pourvu qu'on lui livrât passage. Le basileus ayant accepté, on vit alors les longues barques monoxyles commencer à descendre le fleuve. Sur Tune d'elles, le tzar vêtu de blanc, aux moustaches tombantes, ramait parmi les autres soldats. Dé la rive, le basileus autocrator, à cheval dans son armure dorée parmi les patrices éblouissants, regardait les barques pressées filer le long de la rive ; il échangea quelques paroles avec le vaincu, qui partit impassible vers le lointain Dnieper, vers le pays des Petchénègues perfides et vers la mort...
Maintes fois, comme je l'ai dit, Silistria devait, dans les temps modernes, subir d'autres sièges, attaquée cette fois d'ordinaire par les envahisseurs russes venus du nord. Il me suffira de rappeler celui de 1829, qui se rattache à l'émancipation de la Grèce, de la Serbie et de la Roumanie et celui de 1854, qui fut un des incidents marquants de la guerre de Grimée.
Lorsque la flotte turque eut été anéantie le 20 septembre 1827 à Navarin, la Russie, jugeant la Turquie suffisamment affaiblie, jeta une armée de 100000 aes sur le Pruth. Gette armée partit le 7 mai du franchit le Danube au début de juin 1828 et