V OUEST DU PLATEAU PREBALKANIQUE
vint assiéger Constantza, puis Varna, Choumla et Silistria.
Tandis que Constantza et Varna étaient emportées, l'une de force, l'autre par trahison, Silistria résista jusqu'à l'hiver et il fallut abandonner le siège sans avoir rien obtenu. Au printemps suivant seulement, les Russes atteignirent Andrinople, où fut signée la paix.
En 1853, le siège de Silistria joua, par la résistance imprévue de la ville, un rôle essentiel dans les débuts de la guerre de Crimée. Au commencement, la Russie avait semblé devoir envahir rapidement la Bulgarie ; mais la concentration des troupes turques sur toute la ligne du Danube à Vidin, Nikopoli, Sistov, Routschouk, Totrakan, Silistria, avec deux grands camps retranchés en arrière à Sophia et à Choumla, arrêta ce bel élan; puis Silistria, que l'on supposait devoir être prise du premier coup, résista contre toute attente du début de mai au 22 juin et, finalement, les Russes durent lever le siège après avoir perdu 2500 hommes. La guerre allait être reportée en Crimée.
Aujourd'hui, la ville de Silistria est très morte, en dehors des quelques semaines où les grains, moissonnés dans la Dobroudja, viennent s'y embarquer sur le Danube. Des rues droites, bordées de maisons blanches et plantées de jeunes arbres, un quai désert avec des pontons noirs sur le fleuve jaune, un vaste hôtel vide, pas de magasins, aucune activité commerciale, voilà l'impression très grise et terne que m'a laissée cette ville, autrefois si fameuse et dont le rôle fut souvent si grand dans l'histoire.
L'ouest du Plateau prébalkanique
Au Nord de la Bulgarie, le Danube n'est que le fossé d'un camp retranché, sa limite naturelle et sa fron-
tière. Le plateau prébalkanique, qui forme la Bulgarie du Nord entre le Danube et les Balkans, est, au contraire, un des éléments importants du pays et nous aurons à étudier longuement toute sa partie est : Déli- Orman et Dobroudja. Je n*ai fait, dans l'ouest, jusqu'à la ligne Routschouk à Tirnovo, qu'une rapide traversée et me bornerai à en parler brièvement.
Quand on examine la carte de Bulgarie, on voit, dans l'ouest, les chaînons de roches cristallines et terrains anciens, qui prolongent les Balkans vers les Alpes de Transylvanie, se rapprocher progressivement du Danube, sur le cours duquel ils sont obliques, pour le couper enfin à Orsova. Le plateau prébalkanique est donc, de ce côté, très réduit et, au coude du fleuve situé entre Vidin et Lom Palanka, il a à peine 20 kilomètres de large. Dans le sens de l'est, il s'étend peu à peu en triangle : le Danube inclinant vers le nord après Sistov, tandis que les Balkans restent est-ouest. A la hauteur de Plevna, Nikopoli, Sistov, il atteint, en moyenne, 100 kilomètres ; il finit par en avoir plus de 150, à l'est, vers Provadia et Ghoumla.
Ce qui fait l'unité de cette zone, ce qui lui imprime son caractère général, très manifeste même pour ceux auxquels la géologie est tout à fait étrangère, c'est la constitution géologique, dont le relief topographique découle immédiatement.
Envisagé dans son ensemble, tout ce plateau est formé de terrains crétacés, de calcaires prédominants avec quelques alternances de strates marneuses. Ces calcaires, généralement assez durs, se trouvent, par l'allure des mouvements imprimés autrefois au sol, être restés horizontaux. Leurs surfaces dessinent donc de grands plateaux, de larges tables légèrement ondulées ou peu inclinées que l'érosion a atteints et entamés plus ou moins profondément. La superficie générale épouse à peu près l'allure des strates et