‹ La Bulgarie d'hier et de demainChapitre 46 sur 198 · CONTRASTE DES BALKANS ET DU PLATEAU · texte numérisé non relu

CONTRASTE DES BALKANS ET DU PLATEAU

prébalkanique qui nous occupe en ce moment, par la façon dont celui-ci s'est comporté dans les mouvements géologiques. Soudain, en effet, quand on passe des Balkans au plateau prébalkanique, les plissements disparaissent, avec les dispositions verticales ou fortement inclinées qu'ils entraînent pour les strates et qui, à leur tour, donnent un aspect tourmenté au paysage; et, sans transition aucune, suivant une ligne est-ouest tellement nette, tellement théorique, qu'il faut l'avoir vue soi-même sur le terrain pour ne pas la soupçonner un peu d'être conventionnelle, à ces terrains plissés succèdent des terrains horizontaux, indéfiniment horizontaux (au moins dans leurs grandes lignes). Il est évident que, sous ce plateau de terrains récents, crétacés pour la plupart, il doit exister un substratum solide et massif, un bloc compact plus ancien, ayant résisté en masse à l'effort de plissement et joué le rôle d'un second pied-droit, en arrière duquel les terrains balkaniques ont été soulevés en voûte.

En venant du sud, on peut déboucher sur le plateau prébalkanique par l'un des nombreux cols qui franchissent la chaîne facile des Balkans. Le plus occidental de ceux-ci, suivant la vallée de l'Isker, est aussi le seul que suive, jusqu'ici, une voie ferrée : ligne stratégique d'un grand intérêt pour la Bulgarie, puisqu'elle conduit, en fait, aujourd'hui, de toute la Bulgarie septentrionale, de Uoutschouk, Choumla, Plevna, etc., à cet éperon avancé de Hadomir, Kostendil, Dubnitza, par lequel la Bulgarie commence à s'enfoncer en coin dans les pays si fortement convoités et encore turcs de la Macédoine.

Par la vallée de l'Isker, le bassin hydrographique de Sophia se rattache à la Bulgarie du nord et au Danube, comme il lui a été politiquement réuni par les derniers traités. La faible crête de la porte de Trajan entre les bassins de Sophia et de Philippopoli et le massif du

Vltosh, au sud-ouest de Sophia, forment la ligne de partage des eaux entre le Danube et la Strouma, entre la mer Noire et la Méditerranée, tandis que la crête réelle, marquée par la géologie autant que par la topographie, est, au nord de Sophia, coupée en deux par les gorges profondes de Tlsker.

Quand, allant vers le nord, vers le plateau prébalkanique, on sort de ces gorges, dont je dirai ailleurs la beautés le caractère pittoresque change soudain avec la nature géologique du sol; relation habituelle sur laquelle on me pardonnera d'insister parfois, car il est impossible aujourd'hui d'ignorer l'intervention directe des caractères géologiques dans les aspects, dans le dessin, dans la compréhension réelle et, par suite, dans la traduction artistique ou littéraire d'un paysage. Pendant plusieurs heures de chemin de fer, les grès rouges du permien, les schistes noirâtres du carbonifère plissés et redressés, les roches cristallines massives, alternant avec les calcaires triasiques déchirés en récifs, avaient donné des aspects, qui tantôt rappellent le Plateau Central et tantôt les canons du Tarn et parmi lesquels la voie ondulait en zigzaguant dans des gorges profondes. On débouche, au nord, sur le plateau crétacé et, brusquement, le tout se transforme. Plus de montagnes, plus de terrains plissés aux teintes brunes, noires, orangées, ou grises, plus d'escarpements, plus de gorges sauvages : la vallée est large, des villages s'y étalent parmi la verdure ; à quelque distance, des strates de calcaires blancs bien horizontales dessinent de petites berges droites, des semblants de falaises minuscules comme on peut en voir dans le Poitou. Ces berges se rapprochent un peu, s'élèvent un moment, puis s'éloignent, s'atténuent, disparaissent. Et maintenant,

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