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LA FOIRE DE DJOUMAYA

d*Ouzoundjovo, entre Andrinople et Philippopoli et de Djoumaya.

Mais partout le développement des chemins de fer, le progrès des transports, la concurrence des commisvoyageurs, font disparaître peu à peu ces vieux usages. La foire de Nijni elle-même déçoit singulièrement, par son aspect trop propre, trop industriel, de bazar permanent aux boutiques de ville. -Comment, quand les dames bulgares peuvent habiller leurs enfants à quelque Bon Marché de Paris, de Vienne ou de Berlin, quand les paysans eux-mêmes ont des magasins dans toutes les villes, des dépôts jusque dans les villages, les foires conserveraient-elles leur ancienne prospérité ? Il faut se hâter de les voir comme une chose curieuse qui se meurt.

A cet égard, j'ai été particulièrement favorisé en visitant la Bulgarie à la fin de mai, au moment où, les routes devenant praticables après les pluies de l'hiver et les travaux de la moisson n'étant pas encore commencés, toutes les grandes foires se tiennent. Celle de Djoumaya, qui dure environ huit jours, est une des plus importantes.

Le spectacle de ce bazar ressemble, du reste, un peu à celui des grands bazars de Constantinople, Smyrne, Brousse, etc., sauf qu'il est momentané et non permanent et se tient dans des baraques édifiées en grande partie pour la circonstance au milieu de la .plaine, avec des rues qui sont ouvertes au soleil, au lieu d'être voûtées, et relativement obscures, comme celles des bazars orientaux; mais, là-dedans, mêmesétalages de marchands de tous genres, depuis les tapis de haute laine jusqu'aux blocs de sel gemme et à la ferraille, avec même grouillement de costumes turcs. Ce bazar, c'est déjà un retour dans la turquerie, où nous allons rentrer plus complètement en Déli-Orman ; et, il faut bien le dire, les Turcs, précisément parce qu'ils

sont réfractaires à tout progrès, sont un élément exquis dans le paysage. Pittoresque un peu démodé aujourd'hui en art, où Ton ne veut plus d'exotisme, où Ton craint les couleurs vives; il faut à nos peintres des impressions grises du pays natal; pourtant les Delacroix, les Decamps, les Marilhat n'avaient pas tort d'aimer et d'admirer ces « Teurs », en dépit de Tartarin... Aux abords du bazar, les multitudes de charrettes dételées, brancards en l'air, rappellent plutôt nos pardons bretons et nos foires du Limousin que les caravanes de chameaux entrant dans le bazar de Smyrne; mais on retrouve vite les étoffes colorées flottantes en travers des avenues, les échoppes sombres avec les marchands accroupis sur leurs tapis, fumant le narghilé dans une attente placide, les vendeurs d'eau avec leur machine de cuivre étincelante, faisant sonner leurs sonnettes et, parmi tout cela, des tziganes montreurs d'ours et de singes, des parades de saltimbanques.

Le Déli-Orman.

Le Déli-Orman est ce prolongement sud-ouest de la Dobroudja, qui s'intercale dans le triangle Silistria- Routschouk- Provadia.

Gomme je l'ai fait remarquer déjà, sa limite, vers l'Est, dans le sens de la Dobroudja proprement dite, n'apparaît pas nettement sur une simple carte géographique; en passant d'une région à l'autre le relief garde, dans son ensemble, une allure analogue ; mais une carte géologique manifeste aussitôt la différence, qui, lorsqu'on parcourt le pays, se traduit de toutes façons par l'aspect du paysage, par les cultures, par les habitants eux-mêmes. En deux mots, on peut dire que le Déli-Orman est surtout la région où les calcaires crétacés à « réquiénies * pro-

L'HYDROLOGIE DU DÉLI-ORMAN. 143

duisent, par leur corrosion facile, par la pénétration des eaux dans leurs cavités profondes, par les disparitions de rivières connexes, les aspects dont les types classiques se trouvent dans le Karst distrie, dans riUyrie et le Monténégro. La Dobroudja est, au contraire, un grand plateau de calcaires tertiaires sarmatiens à manteau de loess argileux, faiblement ondulé, sans excavations souterraines, sans vallées en gorges ou canons, d*allure assez monotone.

Un caractère fâcheux, qui est commun à ces deux pays, avec des conséquences très différentes, est le manque d'eaux courantes, rivières ou ruisseaux; on ne trouve de sources, et toujours précaires, que lorsque le revêtement brun de loess, comparable à un feutre spongieux, s'est trouvé assez épais et localement recoupé assez bas par l'érosion des vallées pour les alimenter. Mais les deux calcaires, pourtfint très différents d'âge et de structure, qui forment le soussol, crétacés et tertiaires, sont également propres à la pénétration des eaux, qui s'y infiltrent par Icb cassures en les élargissant et circulent souterrainement, sans bénéfice pour l'homme, au lieu de rester normalement à la superficie. On observe, dans les deux cas, un phénomène hydrologique, qui se traduit sur les cartes par l'amincissement progressif des rivières à mesure qu'elles descendent vers l'aval; les vallées qui par leur développement, témoignent pourtant d'un ancien régime hydrographique puissant, s'assèchent de l'amont à l'aval; les eaux tarissent et aucune des rivières, parties pour arriver au Danube ou à la mer Noire, ne parvient, à ciel ouvert, jusqu'à son but.

Il ne faudrait pas croire pour cela que ces pays sans eaux apparentes aient rien de désolé et de désertique ; loin d'être inhabitables comme on pourrait d'abord le supposer, ils sont très fertiles, lés pluies étant très suffisamment abondantes et il en résulte seulement

une certaine difficulté pour l'alimentation des bestiaux et des hommes. Le problème de Teau, que certaines descriptions avaient démesurément enflé, se présente en réalité, comme nous le verrons tout à l'heure brièvement, dans des conditions auxquelles nous sommes très habitués en France et qui n'effrayent personne dans des parties très riches de notre pays, comme la Beauce, les plateaux crayeux de Normandie ou le Poitou.

J'ajoute aussitôt que, malgré une similitude d'ensemble, les deux régions de la Dobroudja et du Déli- . Orman, rapprochées par nous en ce moment, offrent, à cet égard, une différence essentielle, d'où résuite la dissemblance immédiatement apparente dans les caractères du pays. En Dobroudja, le calcaire perméable aux eaux est peu épais et repose presque immédiatement sur des bancs marneux imperméables, faisant partie du même système et, en moyenne, horizontaux comme lui. Il en résulte que les eaux souterraines, retenues dans leur pénétration profonde par les marnes, viennent sourdre au jour en de nombreux points où l'érosion des vallées a pénétré jusqu'à elles, surtout dans le sud-ouest et sur les côtes de la mer Noire. En ces points, l'eau ne fait donc nullement défaut; mais, même partout ailleurs, la nappe d'eau souterraine, ou plutôt le système de filets d'eau souterrains, qui occupe un niveau remarquablement continu et constant, est assez voisin de la superficie pour qu'on puisse l'atteindre par des puits, dont les plus profonds ne dépassent pas 80 mètres. Les habitants le savent bien; ils ont, de longue date, foré de tels puits en nombre considérable, installé des moteurs animés ou mécaniques et, s'il en résulte une certaine gène, ils y sont accoutumés. La Dobroudja est, par suite, une magnifique plaine de moissons, remarquablement mise en valeur, avec de très grandes fermes

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