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ASPECT DU DÉLI'ORMAN

aujourd'hui. Il suffît de forer de 100 à 150 mètres pour trouver Teau en grande abondance et d'établir un moteur à essence ou simplement à vapeur pour avoir, dans ces villages jusqu'ici déshérités, le luxe très moderne des bornes-fontaines. L'argent ne manque pas pour un tel travail, on a déjà commencé à l'entreprendre et, d'ici peu, on verra sans doute la population bulgare venir ici refouler les Turcs, comme partout ailleurs, en défrichant le pays et le transformant...

Pour prendre une idée plus nette de cette région, nous allons la parcourir en zigzags de Choumla à Silistria, Rasgrad, Balbounar et Routschouk, suivant mes itinéraires.

La première route de Choumla à Silistria par Kourtbounar est, comme je l'ai déjà fait remarquer, une voie historique, suivie à maintes reprises par les envahisseurs qui allaient de Byzance assiéger Silistria ou de Silistria conquérir Byzance : notamment, en 972, par Jean Tzimiscès marchant contre Sviatoslav. En tant que voie carrossable, la route est loin d'être achevée et il reste plusieurs tronçons à établir; mais ce que j'ai dit en commençant des chemins et des cochers bulgares me dispense d'expliquer comment nous avons pu rester sans cesse en voiture pour faire tous ces trajets du Déli-Orman, devant lesquels un cocher, gâté par nos routes françaises, aurait reculé d'horreur.

Nous partons un matin de Choumlay pour la station de Schaitandjik (sur la ligne Routschouk-Varna), qui possède le luxe remarquable d'un buffet et nous servira donc d'étape. C'est encore le plateau décrit au chapitre précédent, le grand plateau d'herbages et de blés, également verts en ce mois de mai, que dominent les collines de Choumla, autour desquelles nous commençons par tourner. Le Déli-Orman ne commence qu'au delà de la voie ferrée; mais la turquerie se traduit

déjà par le grand nombre de costumes orientaux, de bonshommes au grand turban bariolé, à la large ceinture rouge ou verte, à la culotte pistache ou noire, rencontrés sur le chemin : personnages ^semblables, avec leur barbe grise et leur grand bâton recourbé, à des pasteurs bibliques et dont les couleurs ressortent merveilleusement sur ce fond vert, pareil à celui qu'affectionnait Holbein pour ses portraits. Nous croisons aussi des voiturées de femmes toujours vêtues de noir et voilées de blanc comme des religieuses; mais ce sont surtout des hommes, qui se distinguent aussitôt des autres Turcs de Gonstantinople ou d'Asie par la prédominance d'un certain vert très monté de ton et un peu sombre, un vert arsenical, que connaissent bien tous les voyageurs en Orient pour l'avoir observé sur les pupitres des mosquées ou sur les catafalques des sultans. Les Turcs du Déli-Orman auraient été classés de droit parmi les Verts, s'ils avaient pris part aux rivalités des cochers de Byzance. Le vert n'exclut pas le rouge fort heureusement. La tache vermillon d'une ceinture, d'un turban, d'une couverture de selle, qui éclate si harmonieusement dans les aquarelles rapportées du Maroc par Delacroix, existe ici abondante et joue . le même rôle colorant que dans tout l'Orient.

Avec ce vert et ce rouge, ne nous représentons pas nos Turcs comme des oiseaux du paradis ou des perroquets. Je viens de dire combien le costume des femmes était, en général, sobre et monacal, avec soo,. blanc et son noir. Cet aspect de religieuses discrètes et chastement enveloppées dans leur coiffe est celui qui frappe d'abord quand on rencontre ici des paysannes turques dans la campagne. Je me rappelle notamment, à la rencontre de certain chemin montant, l'apparition d'une vingtaine de femmes, qui, je ne sais pourquoi, marchaient par deux ou trois à la

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