LES COSTUMES TURCS DU DÉLI-ORMAN
file, les dernières émergeant à peine à mi-corps, tandis que les premières arrivaient droites et lentes à mes côtés; d'une main posée sur la poitrine, elles serraient le voile blanc passé autour de leur tète dont l'autre main tenait le bout tombant; seul le
LA VALLÉE DE RADEVTSI (page 220).
bas de leur jupe passait noir : on eut dit une panathénée de vierges et Ton s'attendait à les entendre chanter quelque psaume, quelque requiem ou quelque litanie.
Dans les costumes d'hommes également, il y a beaucoup de tons sombres ou de blanches clartés, avec quelques notes éclatantes. La culotte est presque
toujours noire ou bistre, avec des soutaches noires dessinant des arabesques autour des poches, rarement blanche; les vestes sont indigo à soutaches noires, ou violet, ou bleu violacé, ou bleu gris, ou gris à raies bleues verticales. La couleur voyante est dans la ceinture verte ou rouge, dans le turban jamais tout à fait rôuge, mais'le plus souvent fait d'une étoffe rayée et enroulée, avec du rose, du violet, du jaune, de l'orange, parfois du bleu, enfin dans la chemise à raies ou à Heurs roses, rouges, violettes, etc., quand l'homme l'a mise à découvert en jetant sa veste sur l'épaule.
Mais ces couleurs ne seraient peut- être d'aucun effet sur un fond terreux ou bistre. Pour s'imaginer l'impression colorée du Déli-Orman au printemps, il faut toujours, derrière ces personnages aux tons éclatants; se représenter un tableau vert, d'un vert clair, un peu bleuté, mat et très uniforme, le vert d'une herbe rase dans une atmosphère légèrement chargée de brume...
La voie du chemin de fer une fois traversée à Schaitandjik, et, une fois passée, avec elle, la ligne de collines qui sépare le Danube de la mer Noire, nous commençons à descendre en pente douce dans les bois. Maintenant nous sommes en Déli-Orman, dans le pays des ravins boisés, des vallonnements étroits et vite assombris, des taillis de chênes et des courtes cultures piquées d'arbres : le pays aussi de la pittoresque turquerie. Le chemin inégal monte, descend, contourne les vallées et, parfois, arrivant sur un plateau, découvre au loin des horizons accidentés de semblables bois, de prés, de pâturages ombreux, de verdures. Quelques villages au loin laissent à peine deviner leurs toits dans les branches.
Notre halte de ce soir est dans un de ces hameaux turcs, en un point où ces groupes de maisons, d'ordinaire étalés et perdus dans une verdure de ferme nor-