LA DOBROUDJA BULGARE ET LA COTE DE LA MER NOIRE
L'aspect général et les divisions de la Dobroudja. — Dobritcha. — La question de l'eau, l'hydrologie souterraine et les sources. — Le port de Baltscbik. — Effet de grisaille à Kavama. — La côte de la mer Noire au nord de Kavarna. — Paysages de l'intérieur. — Les cigognes. — Les grandes fermes et le retour des troupeaux le soir.
— La descente vers Provadia. — Les ports de la mer Noire. — Souvenirs antiques : Sosopolis et Mesembria. — L'arrivée à Bourgas et le contraste d'un port bulgare avec an port turc. — Les sources thermales du Nord : les mines de charbon et de cuivre. — Varna.
— Les souvenirs de la guerre de Grimée. — Les travaux du port.
— Le château princier d'Euxinograd. — Les limans de Varna. — Les sources jaillissantes de Devna. — La forêt de colonnes de Dikilitatch.
La Dobroudja bulgare
LA région, qui nous reste à parcourir au nord des Balkans, est celle à laquelle on réserve plus précisément le nom de Dobroudja ou Dobroudscha, et dont le rôle historique s'est déjà trouvé mis en lumière dans les premiers chapitres. Sans revenir ici sur toute la série des événements qui se sont déroulés sur ce même théâtre, je rappellerai seulement bientôt cette aventure de la Dobroudja aux débuts de la guerre de Grimée, qui a laissé aux Français de si lamentables souvenirs.
Au nord de Provadia et de Varna, les chaînes de collines, qui, plus au sud, se rattachent aux Balkans, disparaissent ; aucun obstacle montagneux ne s'oppose plus à une marche vers le nord, parallèlement au rivage; un grand plateau faiblement ondulé descend en pente douce dans la direction de la Roumanie ; et le Danube lui-même, qui partout ailleurs oppose, en avant des Balkans, un obstacle parallèle plus difficile à franchir encore que la montagne, se coude à angle droit à partir de Silistria, et surtout de Tchernavoda, pour livrer un passage. Ainsi s'enfonce, entre la mer Noire et le Danube, ce grand couloir naturel, où tous les envahisseurs, allant de Russie en Turquie ou de Turquie en Russie, ont presque fatalement passé.
J'ai dit que le plateau s'abaissait progressivement vers le nord, un peu plus facile par conséquent à franchir pour qui arrive de Byzance que pour qui vient des steppes russes; mais la différence est faible et les mouvements de terrain ne se prêtent guère à une défense du Sud contre le Nord que lorsqu'on atteint, tout à fait au sud, et même au sud-ouest, la région de Varna-Dervent-Kosloudja, où les coteaux dépassent couramment 300 mètres. Au nord de la ligne conventionnelle, qui forme aujourd'hui la frontière de Roumanie, dans la petite Scythie des Anciens où fut relégué Ovide, l'altitude fléchit au- dessous de 200 mètres; elle s'abaisse encore quand on pénètre plus avant dans le pays roumain et bientôt les dépressions marécageuses l'envahissent sur les deux bords, tendant à rattacher, par une trame discontinue, les grands étangs ou limans côtiers de la mer Noire, avec les innombrables bras dérivés du Danube. Une dénivellation transversale, qui coupe en fossé cette sorte de presqu'île de Tchernavoda à Gonstantza, fut jadis suivie par le retranchement de Trajan; elle Test aujourd'hui par une ligne de chemin de fer. De ce