LA DOBROUDJA
côté, le pays est réputé pestilentiel et, quoique cette réputation ait été exagérée, son insalubrité est proverbiale depuis l'antiquité.
Il ne faudrait pourtant pas s'imaginer la Dobroudja roumaine comme une plaine indéfinie d'alluvions et de loess, en proie aux marécages. Dans tout le sud, les cultures sont abondantes et fertiles et, dans le nord, on traverse encore, avant d'atteindre les bouches du Danube, une petite région plus accidentée, presque montagneuse (jusqu'à près de 500 mètres), formant des chaînons nord-ouest-sud-est de Galatz et Braila à Babadagh et au lac Sinoe : chaînons où le géologue a la surprise de retrouver des terrains très anciens, oubliés depuis le Balkan au sud, inconnus au nord-ouest jusqu'aux Carpathes, du permien, du carbonifère, du silurien etméme des schistes cristallins.
Puis viennent les bouches du Danube avec leurs deux grandes îles de Létéa et de Saint-Gheorghé (I. Peucé), où stationnèrent fréquemment les barbares et, traversant une nouvelle frontière également conventionnelle, qui sépare aujourd'hui la Russie de la Roumanie suivant le Prut, on retrouve la continuation des mêmes plaines en Bessarabie, avec des populations bulgares et roumaines incorporées dans la Russie, et, sur le bord du Dniester à Binder, on peut réveiller le souvenir de Charles XII. La route est large ouverte dans ce sens vers toute l'immensité des steppes russes et asiatiques, barrée seulement de distance en distance par quelqu'un de ces larges fleuves, sur le bord desquels se sont opérés de tous temps, les heurts, les poussées, les mêlées entre les peuples.
En Dobroudja, les côtes de la mer Noire participent à cette pente générale des terrains vers le nord que je viens de signaler. Toute la superficie de ce bloc compris entre le Danube et la mer Noire forme une section oblique de prisme inclinée vers le nord-est : les faces
du prisme elles-mêmes étant dessinées par la vallée du Danube, par la côte, et par la vallée de la Provadia avec les limans de Varna. Les coteaux dominant la mer, qui atteignent 300 mètres à Varna, n'en ont plus que 200 à Baltschik, où leur dimension s'accuse pourtant avec plus de grandeur, en véritables falaises, par la façon nette dont les a tranchés la mer. En arrivant au cap Goulgrad, on n'a plus que 100 mètres, puis 60 à Kajavenkiou et, du côté de Mangalia et de Gonstantza, la plaine, sans escarpement limite, se fond par une pente insensible à la mer.
Le morceau laissé à la Bulgarie par les traités dans cette Dobroudja, qui semble en réalité tout entière bulgare, est le plus favorable par la salubrité du climat et c'est aussi relativement le plus pittoresque par la beauté des côtes, par la grandeur des horizons.
C'est le pays de la grande culture, des fermes qui comprennent des milliers d'hectares, avec des troupeaux de plusieurs centaines de bêtes, terre remarquablement fertile et sur laquelle le travail à la machine, le labourage à la vapeur sembleraient tout indiqués, ne pouvant être arrêtés ni gênés par rien sur ces immenses étendues sans arbres et sans haies. Pour le touriste, cette région n'aurait toutefois qu'un attrait médiocre et un peu comparable à celui de la Beauce, s'il n'y avait, d'un côté, la mer toute proche, de l'autre, les lointains de la vallée danubienne et si, dans un pays exotique, les particularités de mœurs inconnues, la façon même de cultiver, d'organiser les fermes, d'obtenir de l'eau, etc., n'offraient, à chaque pas, un intérêt particulier.
Je laisserai, pour un moment, de côté dans cette description, la région de Varna et ses environs immédiats, me proposant de revenir tout à l'heure sur cette question de la mer Noire et de ses ports (Varna, Bourgas, etc.), qui offre un intérêt actuel pour la Bulgarie,
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