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LE PLATEAU DE DOBRITCHA

en outre des souvenirs laissés par l'antiquité sur tous ces bords classiques du Pont-Euxin. Nos itinéraires vont nous amener à décrire un réseau compliqué, qui couvrira en zigzags tout le pays, entre Varna, Dobritcha(Hadgi-Oglou-Bazardjik), Baltschik, Kavarna, Kajavenkiou, la frontière roumaine, de nouveau Dobritcha et Provadia. Gomme l'étude de toutes ces réglons un peu analogues présenterait vite quelque monotonie, j'en signalerai seulement, à l'occasion de l'une ou l'autre d'entre elles, les traits les plus caractéristiques, que l'on pourra supposer ensuite appliqués à peu près à toutes les autres.

Nous sommes partis de Varna pour Dobritcha une après-midi de mai par une bonne route de voiture (le fait, on l'a vu, n'est pas inutile à signaler) et, aussitôt sur le plateau, nous avons trouvé, pendant cinquante kilomètres, l'aspect caractéristique de la Dobroudja, celui que nous devions rencontrer, avec quelques variantes, pendant des jours entiers : un grand plateau de blés en herbes alternant avec des jachères aux fleurs jaunes, un plateau monotone, mais dont éclate aussitôt la fertilité. Tout est vert ici, blés et pâtures, en cette saison de l'année ; pas une haie ; à peine quelques grands arbres (surtout des chênes) piqués de place en place; rarement, un bout de maquis haut de deux à trois mètres au plus, avec des aubépines en fleur mêlées aux chênes nains que broutent les chèvres; des troupeaux de buffles, de chevaux, de petites vaches maigres blanches ou grises, groupées par deux ou trois cents têtes à la fois. Les villages, aux maisons de pierre jaunâtre, aux toits de tuiles, sont proprets et ne se distinguent d'un hameau français que par le nombre des grands puits à balancier, grâce auxquels on va chercher l'eau à une profondeur, qui, ici, n'est pas encore bien notable, mais qui le devient davantage vers le Nord.. Rien, dans l'aspect général,

n'avertit au premier abord, qu'on n'est pas dans la Charente, le Poitou, la Normandie ou la Beauce, en un mot sur un plateau quelconque à sous-sol calcaire.

Celte promenade d'une après-midi donne vite l'impression qu'il ne faut pas se représenter la Dobroudja bien farouche. Pour qui s'y transporterait directement de Paris avec l'idée qu'on peut se faire à l'avance de cette terre maudite, l'arrivée à Dobritcha n'en serait pas moins une agréable surprise; avertis que nous sommes, nous, par de nombreuses excursions dans tous les coins de la Bulgarie, où partout nous avons rencontré, sinon de grands hôtels, du moins des auberges et, à défaut d'elles, des gîtes « chez l'habitant » plus confortables souvent que des auberges, nous ne sommes point étonnés de trouver ici à nous loger; mais nous le sommes un peu en arrivant à la nuit dans une véritable ville très éclairée, animée, avec restaurants et magasins ouverts, où l'on nous sert immédiatement, malgré l'heure indue, le dîner choisi sur une carte. La richesse de ce pays plantureux, aux fermiers cossus, aux propriétaires bien rentes en terre, apparaît de suite dans ces détails.

Malheureusement pour notre désir de sommeil, l'animation et la vie de Dobritcha trouvent une autre façon trop bruyante de se manifester en ce jour, où l'on célèbre la fête des deux saints pleins de génie, saint Cyrille et saint Méthode, qui jadis commirent (j'emploie à dessein ce mot) la remarquable invention de l'alphabet slave. Un certain nombre d'énergumènes éprouvent le besoin de manifester la joie que leur cause toujours cotte découverte calligraphique par des procédés habituels en tous pays et qui rappellent fâcheusement nos 14 juillet. Aussi, par une injustice trop humaine pour qu'on puisse me la reprocher, en éprouvai-je quelque acrimonie contre les deux saints eux-mêmes et) le lendemain matin; je ne puis m'empécher d'expri"-

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