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LA MER NOIRE DANS L'ANTIQUITÉ

oher à Kavala ou Port Lagos, si ce n'est à Salonique, par la Macédoine. Mais, à défaut de rôle politique, la mer Noire est un grand chemin d'échanges commerciaux et les deux belle rades, que la Bulgarie possède à Bourgas et à Varna, ont, pour elle, une importance considérable.

C'est aux premières heures de l'histoire qu'il faudrait remonter pour trouver les traces d'une civilisation établie et de villes construites sur ces rivages. Le Pont-Ëuxin, qui nous semble aujourd'hui aux extrémités de l'Europe, et dont la moitié des rives est rejetée en dehors du monde civilisé par l'occupation ottomane, en était autrefois presque le centre et les peuples de la Colchide, du Pont, de la Paphlagonie, de la Bithynie, de la Tauride, de la Thrace, se tenaient en relation directe et immédiate avec les foyers de civilisation allumés sur toutes les côtes de la Méditerranée Orientale, dans l'Asie-Mineure, dans l'Arménie et dans la Perse. Très anciennes sont les mentions de villes sur la côte bulgare à Sosopolis ou Apollonia (Sizopol) un peu au sud de Bourgas, à Anchialus et Mésembria (Misevria) un peu au nord, puis à Odessus (Varna), Cruni ou Dionysopolis (Baltschik), Gallatis (Mangalia), Tomi, où fut interné Ovide, (Constantza). Suivant le sort fatal de toutes les ruines antiques en ces pays thraces, si longuement, si profondément ravagés par tant d'invasions et pendant tant de siècles, les restes de ces villes ont à peu près disparu et l'archéologue seul, avec beaucoup de fouilles et d'imagination, arrive à en retrouver un vestige. Cependant la région de Bourgas est la moins déshéritée de toutes à cet égard. A Sosopolis et Mésembria, les restes antiques sont aisément reconnaissables et certaines coutumes subsistent même, paraît-il, depuis le v® siècle avant Jésus-Christ. Je ne sais quel auteur grec décrit, sur cette côte, des « mangeurs de poux %, qyxi cTOO^euX.

en réalité, aujourd'hui enoore, des amygdales de maquereaux, dont le vieux voyageur a fait cette traduction fantaisiste^ Mésembria, près de Bourgas, demeura jusqu'au x* siècle, une très importante cité byzantine, où se concentrait une grande partie du commerce de la mer Noire, notamment le commerce de l'Orient avec la Russie. Outre le développement de sa rade et les dentelures de ses baies, la région de Bourgas avait pour elle, dans l'antiquité, le développement de ses gîtes da cuivre, sur lesquels ont été faits de grands travaux, qu'on s'est récemment efforcé sans grand succès de reprendre. L'importance des excavations et des scories en divers points de la côte montre assez la durée de ces exploitations minières. Nous sommes arrivés à Bourgas directement par mer en venant de Constantinople. A la nuit tombante, nous avions franchi, sous un ciel tragique aux traînées de pourpre et d'encre, la porte farouche du Bosphore, entre les grandes coulées inclinées de roches volcaniques; puis, toute la nuit, nous avions vogué sur la mer clémente, argentée par les rayons amis de la lune ; et, le lendemain matin, Bourgas apparut : une côte basse et droite, une rade lumineuse entre deux jetées, des maisons neuves, un quai de pierre. Nous amarrons tranquillement; ni bruit, ni désordre, ni confusion, ni backschichs, ni costumes bariolés, ni minarets : le calme d'un petit port français un peu délaissé; rien que des costumes européens; des voitures. Le contraste est singulier, quand on s'est endormi la veille aux portes de Stamboul ; il l'est plus encore quand on

1. Strabon décrit (1. VIL Ch. vi) Appollonie, colonie de Milet, dont la majeure partie est bâtie dans une presqu'île, y compris le temple d'Apollon, d'où Marcus Lucullus enleva naguère, pour la dédier dans le Gapitole, cette statue colossale du dieu, chef-d'œuvre de Galamis, puis Mésembria, colonie mégarienne, appelée d'abord Ménébria, de Menas, son fondateur, et du mot thrace bria, qui signifie ville.

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