‹ La Bulgarie d'hier et de demainChapitre 74 sur 198 · ENVIRONS DE BOURGAS · texte numérisé non relu

ENVIRONS DE BOURGAS

des énormes masses nébuleuses fondent sur nous avec quelque chose d'agressif, de bestial, de vivant; elles s'entassent, elles s'épaississent, elles s'ajoutent les unes aux autres impétueusement dans une accumulation étrange d'opacités funèbres, qui laissent tout le bas du ciel lumineux; la montagne devient couleur d'encre; la plaine se moire sous le mouvement des ombres, alternant encore avec les clartés; la mer paraît de plus en plus livide... Et, brusquement, l'orage éclate en grêle, fauchant avec une sorte de joie féroce l'espoir de la moisson...

Le lendemain, la visite des filons de cuivre nous conduit au contraire, au sud, vers la colline dite de Karatépé, du haut de laquelle on domine les découpures bleues de la rade et des lagunes côtières, avec la bande claire de la ville, et, comme fond, la crête bleu sombre des Balkans. Dans cette direction du sud, d'autres gisements analogues s'étendent, au delà de la vallée de la Mandra, vers la ville antique de Sosopolis et vers Kainardja. Des Russes et quelques Bulgares font, dans le Nord, en divers points, des recherches, qu'encourage surtout, jusqu'ici, avec la trouvaille de quelques lentilles de cuivre gris, le souvenir de l'anliquité. D'après ces souvenirs antiques, la région Sud, qui n'a pas encore été explorée dans les temps modernes, pourrait également présenter de l'intérêt^.

Les communications entre Bourgas et Varna se font difficilement, si ce n'est par mer, c'est-à-dire, comme pour tous les transports maritimes, à intervalles assez éloignés. Par le chemin de fer, il faut, pour franchir

1. Au Nord de Bourgas, une véritable richesse minière vient, paraît-il, d'être découverte en 1906 près d'Hadji-Omar, sous la forme de lignites tertiaires analogues à ceux que Ton exploite déjà en d'autres régions de la Bulgarie. Quinze sondages auraient, dît-on, recoupé six couches de charbon régulières, représentant plusieurs millions de tonnes.

les 90 kilomètres, qui séparent les deux villes à vol d'oiseau, retourner à l'autre bout de la Bulgarie jusqu'à Sophia et faire le tour complet du pays en deux jours. Nous avons pris une autre route en traversant le Balkan par Slivno, Kotel et Osman-bazar; mais ce trajet trouvera mieux sa place dans le chapitre des Balkans et nous nous supposerons, pour le moment, transportés d'un coup à Varna.

Varna, l'antique Odessos, la Bolgaria du xive siècle, est le grand port de commerce de la Bulgarie; c'est même aujourd'hui son port militaire ; on vient d'y terminer des travaux considérables ; la ville s'accroîtet prospère ; il est donc intéressant d'apprécier son développement.

Si nous nous reportons d'un demi- siècle en arrière, la ville n'offrait rien de pareil quand, aur débuts de la guerre de Crimée, les troupes françaises y furent retenues, pendant trois mois, par les tâtonnements d'une direction militaire, qui, là comme en Italie, au Mexique et en 1870, n'avait rien su prévoir ni rien préparer.

C'est le 19 mai 1854 que le maréchal de Saint- Arnaud, arrivant par mer de Constantinople, débarqua, pour la première fois, dans cette rade, où, naturellement, il n'y avait alors ni port, ni quai. Le 4 juin, la brigade de Ganrobert y arrivait à son tour et, à la fin du mois, les Français avaient dans Varna 30 000 hommes, les Anglais 20000. Des maisons de bois et quelques maisons de pierre d'aspect assez misérable sur une pente douce terminée par une plage de sable, une enceinte fortifiée, une population surtout grecque et arménienne: voilà le souvenir qu'ont gardé de Varna les Français qui s'y sont morfondus alors. Bientôt, tandis qu'en haut lieu, on hésite toujours sur un plan de campagne, là-bas le choléra éclate à Varna; et Saint- Arnaud n'imagine rien de mieux, comme remède, qu'une promenade militaire à la fin de juillet, en pleine

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