LE PORT DE VARNA
pour comprendre qu'en voulant maintenir ici, comme sur tant d'autres estuaires, un port ouvert, on travaille en sens inverse du but de la nature, qui prétend, elle, régulariser la côte et faire avancer le continent.
Pour établir le port, on a donc commencé par construire, en travers de la baie qui a son allongement dans le sens est-ouest, une grande jetée de 1220 mètres à peu près nord-sud, appuyée du côté nord à la ville ; puis, en arrière de cette jetée, et perpendiculairement à elle, on a d'abord élargi la ville d'un grand espace conquis sur la mer, au moyen d'un quai d'environ 400 mètres de long, derrière lequel on a entassé tous les sables et les vases dragués dans la baie : il en est résulté de vastes terrains disponibles pour la manutention, les magasins et pour des habitations nouvelles, avec un quai, contre lequel les grands navires pourront accoster. Enfin le port, approfondi à 8"»50 sur 21 hectares, a été fermé, dans l'autre sens, par la digue du sud formée de deux bras parallèles au quai, entre lesquels s'ouvre une passe de 200 mètres.
Cette entreprise, qui aura pris un peu plus de quatre ans, a coûté plus de 7 millions. On y a employé des blocs artificiels de 14ni340 (34 tonnes) préparés sur le rivage et portés au point de mouillage par des chalands ; et le dragage a été opéré avec un système permettant de refouler directement à 500 mètres. Enfin, comme dernier détail, j'ajouterai que les bordures de quai ont été exécutées en granit du mont Vitosh (près Sophia), tandis qu'à Bourgas on avait eu intérêt à faire venir du porphyre français de Saint-Raphaël.
Le gouvernement bulgare porte un intérêt naturel à son port et subventionne diverses Compagnies de navigation qui y font escale. Il y entretient également sa marine de guerre, composée jusqu'à nouvel ordre d'un croiseur acheté au Greusot et commandé par un officier de marine français.
Le mouvement du port de Varna a été, en 1904, de 1 000 navires représentant ^35 000 tonneaux et correspondant à des importations et exportations à peu près équilibrées, Tune comme l'autre d'environ 35 millions de francs.
Les environs de Varna peuvent donner lieu à quelques jolies promenades. La première, qui s'impose, est la visite du château princier d'Euxinograd sur la pointe nord-est de la baie : château construit jadis pour le prince Alexandre de Battenberg, mais surtout achevé, embelli, entouré d'un parc, doté d'un port, etc., par le prince Ferdinand.
De Varna à Euxinograd, la traversée est de 5 à 6 kilomètres ; dans le petit remorqueur qui nous conduit, elle dure trois quarts d'heure. On accoste le long d'un petit quai tout neuf. On saute sur la plage de sable fin et l'on monte, à travers le parc, jusqu'au château, dont la situation est fort belle. Euxinograd est sur un cap, dominant la mer en tous sens. La propriété a deux kilomètres de long. Depuis une douzaine d'années, un parc dessiné par un architecte français, M. André, a poussé avec une vigueur surprenante et fait une parure de feuillages à la pointe, qui devait être jadis légèrement ensoleillée. Quelques vieux arbres, autour d'une fontaine, proviennent d'un ancien monastère grec et jettent leur ombre sur une terrasse, d'où la vue s'étend au loin.
L'ensemble, élégant mais simple, fait moins penser au palais d'une majesté royale ou même à la vieille demeure d'une antique aristocratie en Angleterre, en France, en Autriche, qu'à une propriété bourgeoise, où la richesse est de date un peu récente. Le temps, qui manque ici et qu'on ne remplace pas, en est la cause. Mais quelques détails, où l'on devine l'âme du propriétaire, éveillent pour lui la sympathie. C'est le soin de ménager partout la vue sur l'horizon de mer ;