LA LOI DES INVASIONS BARBARES
sur les deux rives du Danube, aux débuts de Thistoire grecque; puis. tous ces adversaires de l'empire romain, dont les aventures, un peu vagues dans notre esprit quand nous les apprenons au lycée avec leurs noms antiques et leur raideur conventionnelle, prennent de suite un tel relief, si, en lisant la Mésic ou la Thrace septentrionale, en entend la Bulgarie; au lieu de la Dacié, la Roumanie; au lieu de la petite Scythie, la Dobroudja; pour l'Ister, le Danube; pour l'Hémus, le Balkan; pour Serdica, Sophia; pour Orestia, Andrinople; pour Durostorum, Singidunum, Sirmium, Naïssus, Silistria, Belgrade, Mitrovitza, Nisch, etc.. Comment, lorsque nous traverserons les grandes plaines de blé de la Dobroudja, les prairies boisées du Déli-Orman, la forêt des Balkans, ne pas songer à cette lutte colossale de la civilisation contre les barbares, qui, toujours, au temps de Darius, puis de Philippe, puis pendant les siècles de Rome et de Byzance, se défendant d*abord du sud vers le nord, et plus tard en sens inverse, attaquant du nord au sud, jusqu'à hier encore contre les Turcs campés à Byzancé, a eu ces mêmes lieux pour théâtre?
Assurément, dans cette bataille sans fin, il y a eu des phases de repo's, des moments où la marée s'arrêtait, où la civilisation mieux armée refoulait à son tour les barbares et reprenait à l'envers ces deux murailles que la nature a opposées aux invasions, à celles du sud comme à celles du nord : les Balkans et le Danube. On a vu sous les rois de Macédoine, on vit sous Trajan, puis sous les Byzantins trop ignorés du x« siècle, nous voyons surtout depuis un siècle ou deux la barbarie perdre pied et la civilisation se rétablir dans ces contrées si fertiles et si souvent dévastées et malheureuses. Mais les périodes où le civilisé prend la supériorité militaire, par suite des progrès qu'il a su accomplir dans l'armement et la
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tactique, sont toujours assez brèves : bientôt le barbare se les assimile et, les mettant au service "Se sa force brutale, de son nombre, arrive à triompher. Il y aura longtemps encore des Asiatiques envahisseurs. Au fond, la civilisation ne sb rend vraiment maîtresse du barbare qu'en se laissant conquérir par lui, en lui donnant ce qu'il demande, sa place au soleil et en en faisant, le jour où il est repu, son plus ferme défenseur. Par la seule force, la civilisation est trop faible; elle avance quelque temps; mais, plus elle conquiert, plus elle étend son front de bataille, plus elle s'affaiblit ; les barbares, eux, sont inlassables, il en arrive toujours de nouveaux et de plus affamés de la lointaine Asie; un jour vient où l'empire le plus vaste se meurt d'épuisement...
Quelques phases dans cette histoire du pays bulgare présentent un intérêt plus particulier, soit par les restes qu'on en rencontre encore en parcourant le pays, soit simplement par leur couleur romanesque et par l'intérêt de résurrection qui s'attache toujours à des types historiques ayant autrefois puissamment vécu. Ce sont celles que je vais rappeler brièvement.
Le plus ancien passé, dont on retrouve l'empreinte nette en Bulgarie, c'est celui du peuple thracc : peuple qui, lui-même sans doute, avait succédé à d'autres avant lui, arrivés un peu plus tôt jusqu'en Grèce, et qui, à son tour, eut son type, ses mœurs, sa langue si complètement recouverts par les aliuvions ultérieures qu'on croit à peine, très problématiquement, en retrouver un vestige dans le curieux petit peuple des Pomakri, au sud de Philippopoli.
Pourtant ces Thraces, et leurs prédécesseurs inconnus, nous intéressent, parce qu'il semble falloir leur attribuer une des curiosités archéologiques les plus frappantes do la Bulgarie, ces innombrables buttes de terre évidemment artificielles, ces tumulus, dont sont