LES THRACES ET LEUH^S TU MU LU S
couvertes, comme de taupinières, des plaines entières le long de la Maritza, de la Toundja, ou dans la Dobroudja. Ces buttes sont si bizarrement multipliées dans certaines vallées et cachent leur tombeau si profondément qu'on les avait prises d'abord pour des signaux romains. Plus récemment, à la suite de recherches faites par le P. Jérôme en 1898, on avait vu, dans quelques-unes au moins, des sépultures néolithiques. Les très curieuses fouilles de M. Degrand, d'abord près de lamboli au Tell Rachefî et au Tell Metchkur, puis, en 1903, au tumulus de Costiévo, etc., ont montré leur caractère réel de nécropole, avec l'âge très différent de toutes ces tombes, qui se sont prolongées jusqu'à l'époque romaine. Partout, quand on est descendu assez bas pour atteindre le sol primitif, on a trouvé, ou des superpositions de tombes à incinération, ou tout au moins des cendres avec quelques ossements. Les tombes inférieures rappellent les civilisations primitives d'Hissarlik et de Chypre par le caractère des figurines et des vases; les supérieures contiennent de beaux vases en bucchero noir à glaçure métallique ornés de dessins à reflets, des vases en terre rouge couverts de peintures blanches géométriques, qui témoignent d'une civilisation déjà avancée.
Il est impossible, jusqu'ici, de préciser l'âge de ces sépultures, surtout quand on songe combien il faut se méfier, dans ces époques préhistoriques, des assimilations d'époque, fondées sur des analogies de technique. Mais M. Degrand a pu reconstituer ainsi les cérémonies de l'ensevelissement pour les tombes les plus anciennes et, bien que son hypothèse semble d'abord trop compliquée, elle s'appuie aujourd'hui sur toute une série de faits concordants :
« Le mort devait être brûlé à l'air libre sur un bûcher; puis ses cendres et celles du bûcher étaient recueillies et placées sur une brique plate ou un lit épais
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de pisé grossier. On recouvrait le tout de cette même pâte argileuse ; quand la première enveloppe était suffisamment sèche, on en appliquait d*autres successivement et, quand on avait atteint l'épaisseur voulue, on lissait plus ou moins soigneusement la surface en y ajoutant quelques ornements en moulures.
« La tombe était ensuite entourée ou recouverte de vases contenant des offrandes, ou constituant euxmêmes des offrandes funéraires ; ils étaient entremêlés de branchages, de bois et de blé et le tout, recouvert d'argile, était alors soumis à l'action d'un feu très vif pour cuire l'enveloppe extérieure contenant les cendres qu'on voulait protéger; ensuite, cette sorte de monticule était recouvert de terre... Plus tard, on simplifia les cérémonies de l'incinération et l'on se contenta de grosses pierres pour remplacer les enveloppes protectrices. »
On est tenté d'abord, devant ces tumulus, de songer à ce que dit Hérodote des funérailles scythes, de ce cadavre couché sur un lit de verdure dans sa fosse après avoir été longtemps promené et sur lequel tous les assistants à l'envie jetaient de la terre, avec l'émulation d'élever une butte la plus haute possible. Cependant, il ne faut pas exagérer ces rapprochements ; les Thraces n'étaient pas des Scythes ; et, chez les Bulgares eux aussi, qui ont succédé aux Thraces, sans être apparemment ni de leur race, ni non plus de celle des Scythes, on trouve, au moyen âge, une vieille coutume scythique, dont la couleur locale aurait ravi d'aise nos romantiques et qu'Hérodote nous a décrite : celle de faire scier en deux et dorer intérieurement un crâne humain pour l'employer comme coupe dans les festins. Ainsi Krum, le tzar bulgare du ix® siècle, buvait dans le crâne de son adversaire vaincu, l'empereur de ce Nicéphore le Logothète. Entre ces diverses qui se sont succédé sur le même sol, venant à \
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